J’ai 24 ans. Je suis jeune photographe tunisien, responsable du club photo de Tunis et fondateur du premier portail web tunisien.

Où avez-vous appris la photo ?

Je suis autodidacte de la photographie. J’ai commencé il y a 3 ans. J’ai acheté un Canon 450D et j’ai commencé à faire de la photo en lisant, en me documentant…

Quelle initiative vous a encouragé à commencer la photo ?

Je suis du domaine de l’art visuel. Je faisais beaucoup de graphiques, de web design et la photo était complémentaire de mon travail. C’était principalement pour produire des photos afin de faire un travail graphique. C’est parti comme ça et puis petit à petit, j’ai dérivé vers la photo en laissant tomber un peu le graphique.

Vous avez commencé avant la révolution tunisienne. Avez vous toujours été intéressé par la photo reportage ou le reportage social ?

Oui. J’ai commencé avant la révolution et j’avais beaucoup d’affection pour la photo journalisme. Mes premières photos étaient sur l’état d’un village à Kasserine où il y avait beaucoup de personnes âgées qui n’avaient pas de travail. Comme je suis originaire de cette région, j’ai fait un reportage photo et c’était mon début dans la photo.

Avez-vous publié ce reportage ?

J’ai l’ai publié sur mon site web, mon compte flicker et sur mon profil Facebook.

Trouvez-vous dans les journaux du reportage social ?

Avant la révolution, ça n’existait pas parce que d’une part, le contenu photographique des médias (journaux ou magazines) était très précaire parce qu’on ne faisait pas beaucoup d’efforts sur ce point-là. Ils privilégiaient des textes plagiés sur internet et des photos copiés sur « Elite-images » mais ils n’avaient pas de contenu tunisien ou une orientation pour enrichir les reportages photos avec des photographies professionnelles.

Avez-vous déjà été sujet à la censure ?

Je l’étais mais indirectement. J’ai commencé la photo par un compte flicker où je publiais mes photos. A un certain moment, flicker a été censuré en Tunisie. De ce fait, je ne pouvais plus publier mes photos ce qui m’a poussé à les publier sur Facebook.

Avez-vous essayé de contourner cette censure sur internet ?

La solution la plus facile c’était de créer un compte Facebook. Ensuite, c’était de lancer mon propre site web qui était pour moi une échappatoire parce que je n’étais pas très connu. Par conséquent, je pouvais diffuser mes photos tranquillement sans être dérangé.

Avez-vous été arrêté ou intimidé par les policiers en sortant votre appareil photo ?

Ça m’est arrivé à deux reprises sur l’avenue Habib Bourguiba et une autre fois en photographiant à côté d’une caserne militaire à Bizerte. Les questions étaient : « Qu’est-ce que tu fais ? Pourquoi tu fais ça ?… à force de parler avec eux, j’arrivais à m’en sortir. Ce n’était pas le cas de tout le monde.

Ces intimidations vous ont-elles dissuadé de faire des photos ?

Jamais. On connaît toutes ces pratiques-là. La première chose qu’on nous apprend et qu’on apprend à travers les autres c’est que la police en Tunisie est l’ennemi de la photographie. Elle ne veut pas que les photos échappent à son contrôle et se propagent sur internet.

Avez-vous toujours signé vos photos ?

Oui, toujours.

Avez-vous photographié pendant la révolution, du 17 décembre au 14 janvier ?

J’ai commencé à photographier à partir du 10 janvier. J’ai raté le 14 janvier parce que ce jour-là, il y avait beaucoup de casses, les gens ont brûlé les immeubles et les boutiques, donc j’étais obligé d’aller avec mon père pour barricader notre usine. J’ai raté la manifestation du 14 mais c’était la chose qui m’a poussé à ne pas m’arrêter de photographier pendant les jours qui ont suivi. J’étais à la Kasbah 1 et 2, dans les manifestations des islamistes, des anti- RCD… J’étais même à l’RCD pour faire un reportage photo qui a été mon premier reportage photo à être publié dans un magazine tunisien.

Avez-vous côtoyé des gens qui prenaient des photos pendant toutes ces manifestations même avant le 14 janvier ?

Les photographes tunisiens ne sont pas nombreux. On se connaît tous que ce soit à travers le club photo, à travers « shutter party ».  Tout le monde a sorti son appareil photo pour photographier.

Avez-vous regardé les photos publiées sur Facebook et sur votre « shutter party » ? Est-ce que la majorité est plus des photos d’amateurs ou plus de gens avertis comme vous ?

On ne peut pas parler d’amateurs et d’avertis parce qu’avant la révolution, il n’y avait pas de photo journalisme en Tunisie. Pour nous tous, c’était une nouvelle expérience de faire des photos de manifestations. C’était très difficile parce que nous ne sommes pas habitués à ça et on pouvait tomber dans les photos banales. Il y a des amateurs qui ont fait de très belles photos qui représentent la révolution en tant que photographie documentaire et d’autres qui ont ajouté une touche artistique et leurs expériences d’avant le révolution.

Etant membre du club photo, connaissez-vous le matériel le plus souvent utilisé par les photographes ou par les amateurs qui viennent dans ce club ? Est-ce du matériel professionnel ou des compacts, téléphones portables ?

Ils utilisent beaucoup de réflex numérique et de compacts. Quand ils côtoient des professionnels, ils croient que le plus important c’est le matériel et achètent des reflex numériques même s’ils n’ont pas le savoir technique pour les maîtriser.

Vous avez regardé beaucoup de photos sur internet. Ces photos ont-ils eu sur vous un impact pour sortir de chez vous prendre des photos ou est-ce que c’était une initiative propre ?

C’était mon initiative. D’abord en tant que photographe et en tant que citoyen qui sentait que le pouvoir de son appareil photo pouvait informer les gens et les aider à comprendre la situation, cette raison m’a plus motivé à sortir que le fait de voir d’autres photos sachant que j’ai commencé à en prendre avant le 14 janvier.

Pratiquez-vous de la vidéo ?

Non, mais j’ai réalisé des montages photo.

Au souvenir de ce que vous avez vu sur internet, est ce que ce sont les photos ou les vidéos qui vous ont le plus influencé?

Je pense que ce sont les photos car les vidéos sont tellement ressemblantes qu’il est difficile d’en garder une en mémoire. Une photo est gravée dans l’esprit.

Vous rappelez vous des noms des personnes qui ont fait les photos vus sur internet ou est-ce que ce sont les photos qui vous ont marqué plus que les personnes ?

Pour être franc, je commence par regarder la photo puis je jette un coup d’œil sur le nom de celui qui l’a faite. Généralement, je garde toujours à l’esprit le nom du photographe d’une photo qui me plaît, mais je peux dire que les photos les plus percutantes étaient des photos de photographes étrangers venus en Tunisie. C’était des photos poignantes. Après on a commencé à voir de plus en plus de photos de qualité de photographes tunisiens.

Est-ce que vous pensez que la renaissance de la photo en Tunisie est ponctuelle, restreinte dans le temps (jusqu’au 14 janvier) ou est-ce une ouverture, une porte ? Pensez-vous qu’il va y avoir un développement de la photo ?

Tant qu’on fait des photos qui dérangent le système que ce soit le système dictatorial d’avant la révolution ou un nouveau système démocratique, je pense que si on ne prend pas l’initiative d’étendre cet acquis-là dans le futur et de ne pas fléchir devant les intimidations qui continuent jusqu’à aujourd’hui, cet acquis qu’on a eu le 14 janvier va s’estomper. Tout se joue à travers notre action dans le futur.

Quel impact « Shutter party » a eu sur les gens et sur la photographie en Tunisie en général ?

« Shutter party » est une initiative qui a contribué à encourager les jeunes photographes à faire des photos. Elle a aussi permis à d’autres de montrer leurs photographies à travers le site, la page ou des concours. Dernièrement, il y avait l’appel à participation à l’exposition au palais de Kheireddine. Il faut dire que c’est un tremplin pour le futur des jeunes photographes tunisiens.

J’espère que d’ici un an, la photographie en Tunisie avancera et on aura un vrai moment photographique tunisien. Avant la révolution, cinquante ans de vie photographique sont passés sans laisser de traces. Il n’y a pas eu de photographes tunisiens de renommée à part quelque uns qui sont étrangers et qui étaient là. J’espère que le 14 janvier sera le tremplin qui va lancer beaucoup de jeunes talents tunisiens qui le méritent.

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J’ai 64 ans, j’ai commencé à faire de la photo au début des années 70 en France. J’ai fait un diplôme d’études de cinéma et une License des lettres en France aussi. Mon premier reportage photo de journaliste était au festival de Cannes en 1972. Ensuite je suis rentrée en 1973 et j’ai travaillé comme photographe dans une maison d’édition ce qui m’a donné le goût des livres et en 74 j’étais embauché comme chef de service photo et coordinateur de la maquette et de la fabrication dans le premier news magazine tunisien qui était la propriété du parti au pouvoir, le PSD de Bourguiba à l’époque. Je suis resté 2 ans, c’était une époque magnifique parce qu’en 1975, nous sommes arrivés à vendre 60 mille exemplaires chaque semaine de « Dialogues ». C’était un mouvement incroyable qui n’a pas duré longtemps (quelques années). Dans ma partie de photo journaliste, j’avais 27 ans, j’ai mis Bourguiba comme je voulais pour le photographier ainsi que Hédi Nouira qui était premier ministre dans son bureau à la Kasba. On a changé le Doug de la photo. Les gens qui étaient au pouvoir s’y prêtaient beaucoup plus, ils étaient plus ouverts que ceux dont on vient juste de se débarrasser. Je pense que Bourguiba était un chef aimé et craint aussi. Après j’ai fait une maison d’édition et une agence de communication et je me suis peu à peu éloigné de la photo de presse, de la photo journalisme.

 

En 1981, j’ai crée avec Omar Shabou un news magazine qui était mon directeur à « Dialogues » et il a été mon partenaire et mon complice au « Maghreb ». J’ai encore ma carte de presse que j’ai ressorti le 14 janvier. En 1984, je décide de fermer le journal. En 1988, Omar Shabou revient et relance le journal. Il tient pendant 5 ans, après il est en prison et Ben Ali ferme le journal. Mais je suis éloigné de la photo journalisme.

 

Le 17 décembre, j’étais bouleversé parce que je me suis dit que la personne qui est capable de se brûler, ça doit être un désespoir et une détresse infinis.

 

Est ce que vous avez vu la photo qui circulait sur Facebook d’un homme qui était entrain de se brûler ? Il s’est avéré que ce n’était pas sa photo à lui et pourtant, elle a fait un tonnerre. Est ce que vous avez l’impression que cette photo a changé quelque chose sur le fait que les gens aient le courage de sortir dans la rue ?

 

Oui j’ai vu cette photo. C’est possible. Elle ne m’a pas fait impression à moi. L’autre jour, sur une radio, on m’a demandé pourquoi il n’y a avait pas dans mon livre beaucoup de photos de violence… j’ai dit que ce n’était pas mon truc. Quand je veux faire des photos, je veux aller vers les gens souriant, portant les drapeaux, se déguisant, écrivant, le côté humain et pas le côté flic tabassant les gens. Il y a des journalistes pour le faire comme il y a des journalistes pour faire de la mode. Quand je suis dans la rue, s’il y a des bagarres bien sûr il y a le réflexe du photographe, je photographie, mais ce ne sont pas les photos qui m’intéressent. Cette photo est dans le livre mais c’est évident que ce n’est pas Bouazizi mais c’est possible qu’elle ait choqué des gens et les a poussé à faire des choses. L’image vaut mille mots.

 

Je commence à me poser des questions le 17 décembre pourquoi il n’y a rien à Tunis. En début janvier, les choses commencent à venir. J’avais pas pris mon appareil photo parce que je n’avais pas d’accréditation et que les flics étaient encore méchants, l’appareil photo-bazooka. Au mois de septembre 2010, j’ai passé 6 heures avec 3 personnes dans le poste de police de Kasserine parce que l’un de nous avait photographié la Banque Centrale. Primo, il n’a pas photographié la Banque Centrale, et secundo, où est le mal si même il l’a photographié. On a passé 6 heures pour faire des rapports avec 3 personnes de plus de 60 ans : un haut fonctionnaire directeur général des forêts au ministère de l’agriculture, Mrad Ben Mahmoud cinéaste et photographe et moi photographe et pdg d’une maison d’édition et avec une autorisation du ministre de l’agriculture on photographiait le parc de Bouhedhma. Donc je n’ai pas fait de photo reportage pendant de longues années.

 

C’était plus une autocensure liée à une sorte de pression générale ?

 

Absolument. Je me disais à quoi servait de faire des photos. A mon âge, avec la vie que je m’étais faite, Abdelwahab El Meddeb a dit une formule extraordinaire « Ben Ali, nous nous en accommodions et pourtant nous le vomissions ». J’ai travaillé avec l’état tunisien, j’ai choisi de vivre dans ce pays et tous ont fait beaucoup de concessions. On s’est accommodé. Une petite circonstance atténuante, on ne pensait pas que ça allait si loin et ceci on l’a découvert avec tout le monde.

 

Début janvier, je suis détendue en ville sans appareil photo et j’ai vu des choses que je n’aurai pas pu les photographier. J’étais en plein dans la mêlée avec les bobs et avec les jeunes qui brûlaient les trucs, Bab Dzira, marché centrale, je me promenais. Je rasais les murs et je regardais. Le reportage est dans ma tête. Le 14 janvier, j’ai décidé que j’allais reprendre. J’ai sorti ma carte de presse. J’ai appelé un copain à Reuters et j’ai demandé si il y avait quelque chose qui est annoncé demain à l’Avenue Habib Bourguiba, il y a la grève générale. Il m’a dit on parle d’une manifestation UGTT. A 8h30, j’étais à l’avenue Habib Bourguiba. J’y suis resté jusqu’à 14h30. J’ai eu beaucoup de chance. J’ai pas vu les bagarres, je n’ai pas senti les gaz lacrymogènes parce que je n’avait plus de carte pour mon appareil photo et c’est pour cela que je suis rentré. J’ai fait 2000 photos et je n’avais plus de carte. La bagarre a commencé à 15h. je me suis dit qu’après le départ de Ben Ali, je n’arrête plus. J’ai vécu El Kasbah 1, 2. Tous les jours, j’allais matin, midi et soir. Je me suis replongé totalement et après ce livre, j’ai d’autres projets de photo journalisme parce que j’ai été brimé pendant 30 ans.

 

L’impact d’une photo journalisme est-il intimement lié à la qualité technique de cette photo ?

 

Non, pas forcément. Il y a des photos prises sur le vif qui veulent dire quelque chose. Mais quand tu fais un métier, tu essaies de faire techniquement et esthétiquement le mieux possible et que un soit un regard.

 

Vous qui êtes photo journaliste, vous avez toujours un regard, une certaine distance du sujet. Cette nouvelle approche de l’ère révolutionnaire, est ce que vous avez senti que vous étiez ce photo journaliste ou est ce que vous vous êtes senti comme acteur ou impliqué dans la cause ?

 

Le 14 janvier, je plaisantais le soir parce que j’avais fait beaucoup de photos floues parce que j’étais tellement ému que j’avais pleuré les 7 heures que je suis resté là bas. Donc j’étais acteur. Quand j’étais à La Kasbah, je ne prends pas juste des photos, je parle avec les gens. Je faisais aussi de la vidéo incroyable en faisant parler les gens avec mon appareil canon. Je me suis senti impliqué à cent pour cent. Là le reporter et le citoyen sont dans le même truc. Depuis le 14 janvier, j’ai décidé de ne plus fermer ma gueule, de dire tout ce que je pense quoi qu’il puisse coûter et je pense que les 10 millions de tunisiens devraient s’en faire une règle comme ça on ne sera pas submergé par un nouveau dictateur. J’ai décidé de reprendre mon appareil photo et je vais une tournée dans toute la Tunisie pour voir l’intérieur qu’est ce qu’il devient après 4 mois… je veux relancer le journal avec les moyens pour faire de bons journaux et on va faire beaucoup de photo journalisme. Je vais lancer un hebdo en juillet où il y aura une très grande partie réservée à la photo qu’on minimise depuis toujours.

 

Il y a des photographes tunisiens qui étaient là comme Mohamed El harmi… beaucoup de photographes tunisiens qui représentent des agences internationales et qui ont tout couvert. J’espère qu’il y aura 300 livres sur cette révolution dont une bonne partie en photo ainsi que des films, des documentaires, de la musique…. J’espère qu’au niveau culturel, il y aura un bouillonnement monstrueux autour de cette révolution et autour de notre histoire qui a une richesse extraordinaire qui est à photographier, à filmer, à écrire.

 

Vous faites de la vidéo aussi, dans quel but ?

 

Pour le moment, je n’ai pas d’objectif pour la vidéo sauf que du « Maghreb » on fera une télévision dans un an ou deux. Dés qu’on lance le journal, on fait un site où il y aura de la vidéo, des photos.

 

Vous regardez les photos sur internet particulièrement sur les réseaux sociaux ?

 

J’étais réticent sur Facebook. Je trouve que Facebook c’est un peu de l’exhibitionnisme. Les facebookeurs ont fait un travail extraordinaire parce qu’ils ont pris la relève. J’ai lu sur un journal que les 100 twitt, il y avait déjà des gens qui disaient dégage depuis le 13 janvier. Je n’ai pas Facebook et je ne l’aurai pas parce que sur Facebook il y a des corbeaux (les anonymes) et ceci est très dangereux parce qu’on peut faire du mal simplement pour se venger, pour dénonciation calomnieuse.

 

Avec cette réticence, est ce qu’il y a gens qui vous ont invité à regarder des pages ?

 

Oui j’ai regardé des pages mais ce n’est pas un moyen fiable. Un million de personnes jouaient aux journalistes. C’est intéressant mais pas fiable. Si je suis journaliste et que je regarde une information sur Facebook, il faut absolument que je la vérifie et malheureusement ça va se développer surtout dans les circonstances actuelles.

 

Vous dites qu’un million de personnes jouaient les journalistes. Est ce que vous ne pensez pas que ce million remplaçaient les médias défaillants qui ne reflétaient pas la réalité ?

 

Oui. Le 14 janvier je découvre que Facebook a servi à quelque chose. Slim Amamou m’a dit qu’il s’en foutait de la politique au début. Quand il a commencé sur twitter à communiquer, c’était simplement pour casser la censure sur internet. Son seul objectif était ça. Mais ça l’a dépassé. Facebook pourrait servir à échanger des idées sur des projets entre des personnes qui doivent faire converger leurs compétences.

 

Pour revenir à la censure, sous le régime de Ben Ali comment vous avez vécu progressivement le fait que cet appareil photo qui était propre à vous, vous êtes photo journaliste, est devenu cet appareil-bazooka, cet appareil mitrailleuse ?

 

Il y a 2 ans, j’étais en train de photographier des flamands roses à Ichkeul. La garde nationale s’arrête et vient nous demander les papiers. Des fois, je lui donnai les papiers sans protester, d’autres fois, je les emmerdais, j’étais insolent. Ça dépendait de mon humeur.

 

Vous avez de moins en moins de faire des photos à cause de ça ?

 

Bien évidemment. Il y a des tas de moments où j’ai laissé tomber pour ne pas me faire emmerder. Pendant 10 ans, j’ai fais de la photo aérienne pour ne pas me faire emmerder par les flics.

 

Est ce qu’il y a des photographes tunisiens qui sont venus vous proposer des reportages pour faire des livres ?

 

Non, le contact entre les gens est très difficile. Pour le livre « Dégage », c’est moi qui suis allé chercher les photographes. Je connais les gens dans la presse et le journalisme.

 

De votre passé d’éditeur, vous n’avez jamais rencontré en Tunisie un livre de reportages

 

Non.

 

Est ce que vous pensez que cette révolution ouvre la voix à ce genre d’édition ?

 

J’espère que cette révolution ouvre la voix à un bouillonnement culturel extraordinaire. J’espère que auront des centaines de livres de tous les genres, de photo, de documentaire… c’est sûr que ça ouvrira la voix déjà au niveau de la photo et de l’audiovisuel en général parce que c’était trop fermé.

 

Cette révolution qui a beaucoup suivi Facebook, pourquoi le choix du livre imprimé et non pas un livre en ligne ou documentaire ou une autre forme ?

 

J’aime l’odeur de l’encre, le toucher du papier… je suis « drogué »au livre.

 

Vous pensez que la génération actuelle aussi est « drogué » au livre ?

 

Non, pas du tout. Mais aujourd’hui, si on nous donne les moyens, en un an, nous doublerons le besoin et l’envie de livre de ce pays parce qu’il y a eu un massacre dans le quart de siècle qui est passé du à l’état. Le centre national pédagogique devrait être jugé parce qu’il a fait passé l’envie de lire à 3 générations. Il a fait des livres scolaires dégueulasses esthétiquement par démagogie politique (pour que le livre soit moins cher). Je ne vois pas pourquoi on achèterait tous un livre au même prix (le fils du ministre et l’enfant du peuple). Le riche devrait payer plus cher pour payer le livre du pauvre.

 

Est ce que l’un de vos livres a déjà été censuré ?

 

Autocensuré oui. Un livre a été censuré de réflexion sur l’économie de Ben Ali dans le Tunisie des années 80 par un groupe mené par un américain. Début des années 90, on a eu les pires problèmes avec l’ATCE, le ministère de l’intérieur. Le livre a été pris, repris et ça a duré 10 ans. C’est un livre censuré avec mille et un problèmes.

 

En 2003, c’était le centième anniversaire de la naissance de Bourguiba. J’ai fait savoir que j’allais faire un livre à la gloire de Bourguiba. On m’a interdit de le faire.

 

En mars 2006, je voulais faire un beau livre sur les cinquante ans d’indépendance. Le livre est prêt, il est là mais on m’a interdit de l’éditer.

 

En 2007, je voulais faire les cinquante ans de la république, pareil.

 

 

Teyssir Ksouri

Publié: 8 juin 2011 dans Photojournalistes citoyens

Je suis chef d’entreprise dans le domaine des TIC. Vous avez fait appel à moi parce que j’ai photographié tout ce qui s’est déroulé et avant et après le 14 janvier 2011.

Est-ce que vous êtes photographe ?

Pas du tout. Je suis dans la création de sites web et solutions web. On fait appel à des professionnels dans mon métier. Pour moi, l’image compte énormément. C’est à partir d’un téléphone portable que j’immortalisais les scènes que je voyais. C’était justement pour les partager sur des réseaux sociaux ou pour montrer à ma famille qui n’a pas pu se déplacer dans les différentes manifestations.

Votre seul moyen de prendre des photos était votre téléphone portable…

Absolument.

Comment preniez-vous des photos avant d’avoir un téléphone portable (appareil photo, compact) ?

Occasionnellement. J’ai beau avoir des appareils photo mais je ne les ai pas tout le temps avec moi. Ça ne m’est pas venu dans la tête de prendre mon appareil photo avec moi dans les différentes manifestations.  Par contre, j’étais obligé d’avoir mon téléphone pour être en contact avec les gens et c’était une occasion pour prendre des photos.

Avez-vous postées sur Facebook les photos que vous avez prises ?

Absolument. D’ailleurs, je postais en temps réel. J’ai internet sur mon téléphone et j’essaie d’en tenir mes amis au courant des différentes manifestations surtout sur Facebook. En même temps, j’essayai de tranquilliser ma femme qui est tout le temps connecté et qui s’inquiète énormément pour moi en lui montrant des photos en temps réel.

A quel moment exactement avez-vous commencé à prendre des photos?

Depuis qu’il y a un appareil photo dans mon téléphone, j’ai commencé à prendre des photos. En ce qui concerne la révolution tunisienne, j’ai commencé à prendre mes premières photos à la fin du mois de décembre, quand ça touchait un peu Tunis. Je n’avais pas la possibilité de me déplacer. Ça a commencé dans le sud-ouest tunisien les gens commençaient à partager tout ça. Quand les premières manifestations ont commencé à Tunis, j’étais dans ces manifestations jusqu’au 14. Après, j’ai continué à filmer parce que la révolution tunisienne a une petite particularité : ce ne s’est pas terminé avec le départ du dictateur. Il y a eu plusieurs manifestations post-départ de Ben Ali que j’ai filmé aussi.

Quand vous regardez ces photos que les autres postaient sur Facebook, vous sentiez vous impliqué et acteur dans ces situations ou simple spectateur comme si vous lisiez un journal international ?

En vérité, je parle d’un cas personnel qui apparemment est le cas de beaucoup de gens autour de moi : on s’est fait acteur parce qu’ils avaient des images réelles à l’instant zéro. Au départ, je me sentais beaucoup plus spectateur, à la limite j’enviais les personnes qui avaient un peu d’adrénaline parce qu’ils étaient là-bas. Ensuite, quand les photos et les vidéos étaient vraiment réelles (le flic tirait sur le manifestant qui tombait en direct), c’est là où je me suis senti un peu acteur. La vérité, quand je suis descendu dans la rue et que je rentrais le soir pour regarder les vidéos des autres villes, là je me suis senti vraiment acteur, plus concerné.

Qu’est ce qui a déclenché que vous quittiez votre ordinateur et que vous alliez sur le terrain ?

C’est peut être ces photos-là que les gens partageaient. Le problème de cette révolution tunisienne c’est qu’elle n’avait pas de chef de file et n’avait pas d’idée précise, c’est à dire que les gens se révoltaient soi-disant pour la dignité. Mais qu’est-ce que la dignité ? Pour certains, c’est la dignité de travailler, pour d’autres c’est d’exister et de critiquer. Ce sont les photos et les vidéos partagées qui nous ont un peu poussées à se retrouver dans cette révolution au départ. A la limite, par égoïsme, les habitants de Tunis n’ont pas été très touchés par les problèmes de chômage, d’ennui, de sortie. On occulta en quelque sorte ce qui se passait dans le sud. Ce sont ces images-là qui nous ont donné une claque pour se réveiller et qui nous ont expliqué que même si on a toutes les commodités sur la région de Tunis, on n’est pas libre de dire ce qu’il faut, ce dont on a envie.

Est-ce que vous lisez la presse en Tunisie avant le 14 janvier ?

Oui, j’achetais tous les jours le journal pour lire les 2 dernières pages parce que je suis un fan de sport. C’était la seule information intéressante au niveau de la Tunisie.

Ce que vous lisiez reflétait-il la réalité que vous viviez ?

Il reflétait le fan de football que j’étais, mais pas ma personne, le citoyen que j’étais.

Vous aviez accès à différents contenus sur internet, des photos, des photos légendés avec du texte, du texte et de la vidéo. Qu’est-ce qui vous a le plus influencé ?

Ce qui m’a le plus influencé c’était l’écrit, le texte parce que le problème qu’on avait, c’était un malaise mitigé à de la peur. Et la peur, c’était aussi la peur de partager et de dire des choses qui dérangeaient le régime. Pour un père de famille comme moi, j’avais peur d’être le premier à le faire. Avant même les photos, ce sont les écrits qui nous ont poussés à sortir et à réveiller le révolutionnaire qui dormait en nous. Il y avait le chef de file Abdelaziz Belkhodja qui a commencé à écrire des propos contre le régime. En premier, c’étaient les écrits qui m’ont le plus influencé, mais les photos et les vidéos sont venues les confirmer. Il y avait le texte, le commentaire et la vidéo ou la photo à l’appui.

Quand vous postiez vos photos, est ce que vous les signez ?

Ça se fait automatiquement sur Facebook quand ça part de mon profil.

Est-ce que tu partageais des photos qui n’étaient pas signés ?

J’évitais de le faire parce que je ne suis pas sûr de la source et je n’ai pas envie de manquer de crédibilité envers mes amis. Dès le début de la révolution, j’ai acquis une certaine crédibilité dans le sens où je ne partage qu’une information vraie. Il y a eu des montages de photos et même des photos prises dans d’autres pays (une dame battue dans un poste de police dans une prison iranienne). Je ne partageais que les photos signées par des gens que je connaissais ou qui avaient de la crédibilité sur le net.

Il y a eu une sorte de campagne de désinformation sur le net, une guerre entre le vrai, l’authentique et le faux, des jeux de manipulations … ?

Il n’a pas eu que de la manipulation. La manipulation est venue avant le 14 janvier et elle venait du régime. Le tort c’est que le régime n’a pas utilisé les vidéos et Facebook pour contrecarrer cet élan révolutionnaire. Il aurait pu le faire. Par contre, les contre-vérités venaient d’on ne sait où. C’était ou bien des révolutionnaires extrémistes qui voulaient pousser le bouchon à fond vers des violences. Ça ne venait pas du régime et d’ailleurs, ça m’a étonné. Pourtant, le régime reposait sur un grand parti, très puissant, très informatisé. Je me suis dit que la réplique allait venir sur le net. Ils ont occulté ça et en fin de compte, c’est le net qui a eu gain de cause.

Vous m’avez parlé d’autocensure. En tant que père de famille, vous vivez dans ce climat de peur, de répression permanente. Quel était votre premier sentiment social pour dépasser cette autocensure ?

C’est la première fois de ma vie que je me sens un peu héros. Je me sens aujourd’hui utile vis à vis de la communauté. Je sens que j’ai participé à cette révolution et ça me fait plaisir. C’est ce sentiment d’implication qui me pousse à publier encore des photos parce qu’aujourd’hui, à 3 mois de la révolution, je ne suis plus d’accord avec ce qui se passe. Il y a des aberrations.

Est-ce que vous avez vécu la censure sur internet ?

C’est clair que j’ai vécu la censure parce que je travaille avec. Dans notre métier de création de sites web, le référencement représente quelque chose de très important dans la vie d’un site web et le meilleur moyen de référencer un site aujourd’hui c’est de placer des vidéos dans des sites comme « You tube » ou « Daily motion »… Tout ça est coupé en Tunisie et par conséquent, ça m’empêchait carrément de bien travailler. Ça a dépassé la violation de la liberté d’expression et c’est devenu une violation de la liberté de gagner sa vie. Il a fallu contourner tout ça parce qu’il fallait qu’on trouve des solutions. La bêtise de la dictature qui existait c’est qu’ils coupaient des sites et tout le monde dans la rue parlait de Proxy et l’utilisait. Tout le monde regardait. Je ne vois pas la nécessité de faire cette censure, toutes ces coupures.

Ce jeu du chat et de la souris entre vous et l’organisme de la censure non déclarée, était-il partagé par beaucoup de tunisiens ?

Absolument oui. J’étais même fournisseur de Proxy. Les gens m’appelaient pour savoir comment faire pour contourner comme on est dans le domaine. J’ai même rencontré en ce temps-là des gens qui travaillaient dans la police politique chargés d’exécuter cette censure pour leur dire que c’était ridicule parce qu’on était en train de les contourner. Ils m’ont dit oui mais c’est les autres. On sait que vous regardez tout et que de toutes les façons, il n’y a aucun moyen de museler internet si ce n’est de le couper complètement comme ce qui s’est passé en Egypte et en Libye au début de la révolution. Le seul moyen c’est de couper internet et encore. En Egypte et en Libye, Google a trouvé l’astuce….

Est-ce que le fait d’avoir cette censure et cette répression continues vous a isolé de la société dans laquelle vous viviez ?

Non, ça ne m’a pas isolé. Au contraire, je crois que cette censure est partie chercher le génie qui existait dans chaque internaute tunisien. Par exemple, Facebook a immergé en Tunisie fin 2005 et j’étais parmi les premiers à avoir un compte. On était 1500 personnes, c’était epsilon par rapport à la population tunisienne. Au bout d’une année, on commençait à parler librement sachant qu’on pouvait choisir nos amis et ce serait impossible qu’on soit épié sur Facebook sauf qu’on l’a fait. La décision était de fermer Facebook. Des voix se sont élevées parce que Facebook était utilisé par une classe un peu élitiste qui était proche du pouvoir. Il y a eu une petite pression. Même la fille du président est allée voir son père pour lui dire que ce n’était pas normal. Le ridicule du régime prônait qu’il n’y avait jamais de censure, ensuite il déclare à la une de tous les journaux que le président de la république a décidé de rouvrir le site Facebook. Il avoue qu’il y a eu censure et le président l’a enlevé. Cela a fait une publicité incroyable à ce site et on est passé au bout d’une année parmi les premières nations qui utilise Facebook proportionnellement au nombre d’internautes. On est arrivé à 2 million sur une population active de 7 millions ce qui équivaut à 30 millions de connectés en France. A chaque fois qu’on coupait un site, les gens s’y intéressaient encore plus et le fait d’essayer de le contourner, c’était comme si on défiait pacifiquement le régime et les forces d’opposition non autorisées utilisaient ça pour nous faire parvenir des messages. La censure a uni les forces d’opposition et même les gens qui s’en foutaient et qui suivaient le régime ont été sensibilisé grâce à Facebook.

Vous vivez dans une sorte de réalité parallèle dans laquelle vous vous échappiez en quelque sorte, vous aviez les moyens de contourner cette censure…

Absolument. C’était une façon de montrer notre force. L’ancien gouvernement dépensait des sommes énormes pour censurer le site alors que moi, le petit chef d’entreprise, je pouvais tout contourner sans qu’on ne m’arrête.

Vous sentiez vous dans l’illégalité quand vous faisiez ça ?

Oui. C’est une façon d’échapper à notre autocensure. On communiquait dans l’illégalité et on avait peur. On le faisait discrètement mais c’était un bon coup d’adrénaline et une petite fierté interne.

Est-ce que vous postiez des vidéos aussi ? Quel rapport entre l’authenticité des photos et celle des vidéos ? Vous disiez que les photos étaient facilement trucables, vous semblez accorder plus d’authenticité aux vidéos…

Oui. On retouche plus facilement une photo qu’une vidéo déjà. En plus, c’est plus réel quand on voit une scène d’une minute se passer devant nous. En photographiant la même scène, on peut rater plein de moments à côté. Pour moi, la photo est un peu dangereuse parce que suivant l’angle choisi, on peut orienter les gens vers une certaine réflexion.

La photo ne dit pas tout, par contre la vidéo dit tout…

Si elle est bien prise. Comme ça se passait au niveau amateur, on pouvait facilement orienter l’objectif de l’appareil photo là où on voulait. Par contre pour la vidéo, les gens ne sont pas assez professionnels pour vous embraquer sur leurs propres avis.

C’est vraiment une révolution numérique avec toutes ses composantes : photos, vidéos, messages, textes… Le monde entier aujourd’hui retient l’histoire du type qui s’est immolé et qui a créé cette révolution. Deux ans auparavant, il y a eu le même épisode, un autre type s’est immolé sauf que les gens n’étaient pas encore prêts à faire le relais sur internet et les appareils photos sur les téléphones n’étaient pas très répandus. Il y a juste eu une petite révolte très locale à Monastir. Personne n’a entendu parler de ça et ça a été très vite contenu. C ‘est internet qui a tout révolutionné.

J’ai 50 ans et je suis père de 2 filles. Je me considère comme un homme de la photo et non pas un photographe. Je fais du commissariat d’exposition, de la critique, j’enseigne la photo, j’anime des ateliers surtout pour les enfants. Je ne suis pas le photographe qui est toujours avec son sac et qui parcourt le monde à la recherche d’un « scoop », ni le photographe qui a un studio, bardé de diplômes et qui est pointilleux sur la technique. Pour parodier un roman, je connais presque tout sur presque rien de la photo.

Vous êtes un touche-à-tout de la photo ?

Exactement. C’est un mot qui peut paraître dévalorisant alors que non. Quand on écrit un texte critique sur une exposition, on peut être docteur en littérature mais ne pas connaître la différence entre un 250ème de seconde et un 1000 ème de seconde. Ça change tout. Il vaut mieux savoir écrire en français, connaître la technique photographique, les artistes, les gens, l’histoire de la photo…l’ensemble de ces petites choses qui concernent la photo est très utile quand on fait de la photo ou quand on enseigne et on fait des textes critiques. Nous sommes peut-être dans un mouvement régressif. Avant, c’était la course vers la spécialité : celui qui fait de la macro ne fait que de la macro, celui qui fait les mannequins ne fait pas les flacons de parfums… Aujourd’hui, je crois qu’on est en train de faire machine arrière. Il faut que le photographe ait une connaissance générale sur toute la photo, quitte à avoir un pavillon particulier spécialisé dans ses connaissances.

Depuis combien de temps faites-vous de la photo ??

Je fais de la photo depuis l’âge de 20 ans. Il y a 3 ans, j’ai écrit un texte « Qu’est-ce que avez-vous fait de vos 20 ans ? » parce que la passion que vous avez à 20 ans, elle demeure là après 30 ans (j’ai 50 ans aujourd’hui). Ça c’est une bonne réponse à « Est ce que j’aime la photo ? Est-ce une passion ? Il y a énormément de personnes qui commencent une passion à l’âge de 18 ans mais qui ne continuent pas. C’est pour cela que la question « Quand avez-vous commencé la photo ? » n’est pas aussi utile que « Pourquoi vous faites encore de la photo? »

Vous n’avez pas perdu votre côté amateur, en étant quand même un professionnel de la photo…

J’estime qu’un amateur de cuisine ou de musique est quelqu’un dont personne ne lui a dit de faire ça. Il n’y a pas de commande, pas d’employeur. Parfois, j’ai des ennuis, je suis malheureux ou heureux, je prends mon appareil photo, c’est une catharsis, c’est une manière de montrer que je suis joyeux ou de diluer ma colère. Quand on est professionnel, il faut faire son métier indépendamment de ses sauts d’humeur, de son caractère, de ce qui se passe tandis que l’amateur non. Je ne peux pas répondre comment je fais de la photo, c’est une partie de moi.

Une partie de vos émotions passe dans vos photos. Comment avez-vous vécu la photo de la révolution tunisienne ?

Il y a toujours des raisons profondes et des raisons apparentes. J’ai fait 20 ans de photographie argentique : prise de vue, développement, tirage. J’ai travaillé pendant 20 ans au service photo du ministère de la culture avec Monsieur Ridha Dziri qui vient de décéder. Pendant les weekends, j’animai un club photo. Donc, ma vie était faite de photo. Il fallait la photo-passion pour me reposer de la photo –travail. Puis, je suis devenu graphiste et je n’ai plus fait de photos. Au passage de l’argentique au numérique, je n’étais pas fonctionnel, je n’étais pas photographe. Quand j’ai acheté un appareil numérique modeste, j’ai repris goût à la photo après une période (qui a duré 8 ans) où je n’ai pas fait de photos du tout. Mais entre-temps, j’étais vice-président des « Rencontres Internationales de Ghar el Melh » et j’animai des workshops. On faisait de la lecture de Portfolio et je faisais une photo pour Ghar el Melh que j’exposai. Quand j’ai acheté l’appareil photo, depuis août 2009 à décembre 2010 j’ai photographié Tunis, Djerba, Kélibia, Sousse, Kairouan, Bizerte, parfois en solitaire, d’autres fois avec les membres du club photo de Tunis. Je n’ai pas arrêté de photographier sauf la première semaine du mois de janvier parce que c’est devenu extrêmement difficile de tirer son appareil photo de son sac. Je n’ai repris mon appareil photo que le 12 janvier parcimonieusement, en cachette pour photographier les gens en train de faire les queues devant les boulangeries mais je n’ai pas pu photographier les manifestations à Tunis parce que je ne suis pas photographe professionnel. En plus, je n’ai ni l’expérience, ni le courage et l’audace de prendre un appareil photo en ayant un policier en face au risque d’être matraqué ou gazé. Le 14 janvier, j’avais eu une chance inouïe puisque j’ai pu monter en haut d’un immeuble pour photographier les gens en bas ce qui a fait un malheur sur Facebook parce que tout le monde s’est senti en péril, en danger. Sur une photo, il y avait une petite fille qui était en face d’un soldat qui la rassurait parce que l’armée a toujours été républicaine et n’a jamais tiré sur les gens. Il n’y avait plus confiance en les policiers et la constitution. Le président est parti, la seule référence possible était l’armée. Cette photo a été partagée par des centaines de milliers de personnes et beaucoup d’entre eux l’ont mis comme photo de profil parce qu’ils s’identifiaient à cette jeune fille.

Vous n’êtes pas né avec la génération Facebook. Quelle est votre approche de Facebook, de ce partage, de cette envie de communiquer ? Pour quelles raisons avez-vous publié ?

Depuis 2009, je publie des albums presque une fois par semaine. J’ai écrit sur mon blog un texte à propos de Facebook. « Pourquoi ce réseau est-il si important en Tunisie ? ». C’est parce qu’i y a avait des concepts qui existaient avant mais qui n’existent plus et Facebook a pris le dessus. Le premier exemple c’est « Ouled el Houma », les enfants du quartier qui ont leur emplacement particulier. Ils s’assoient, fument, se racontent les ragouts du quartier….c’est ce qui existe sur Facebook maintenant. Plus jeunes, on avait un cahier de souvenirs qu’on se passait à la fin de l’année scolaire. Les garçons collaient des voitures et des équipes de football et les filles collaient des fleurs, des chanteuses et on s’écrivait des petits mots. Le cahier passait par tous les copains et chacun écrivait un mot pour qu’on se rappelle de lui pendant l’été. Facebook, c’est les ragouts du quartier, c’est « je te montre mes photos avec ma nouvelle coiffure, mon voyage à Paris… ». Il y a un manque de communication. En plus, les tunisiens ont totalement déserté les moyens de communication avant le 14 janvier. Ils ne regardaient plus la télévision, ne lisaient plus les journaux sauf pour voir les résultats sportifs. C’était ce qui manquait à la télé et dans les journaux.

D’après vous, les gens ne se reconnaissaient plus dans les moyens d’information actuels…

A l’époque oui, aujourd’hui c’est encore instable. On ne sait pas ce que pensent les tunisiens des chaines de télévision, des journaux, parce que la liberté ce n’est pas l’anarchie et la démocratie a ses lois. Mais l’instabilité est un passage obligé après une révolution.

Vous vous définissez comme un grand amateur. Pendant la révolution, quand vous avez fait des photos, vous sentiez vous plus acteur ou spectateur?

C’est une magnifique question. Je suis spectateur pendant les photos. Je n’essaie jamais de changer le cours des choses, de demander aux gens de tenir droit le drapeau national ou de me regarder en face. Donc, je suis spectateur. Par contre, quand je publie ces photos sur Facebook et les gens ont connaissance de ce qui se passe, je suis acteur puisque je peux changer le cours des choses. Quand je fais un album des casseurs qui ont tout saccagé et le titre c’est « La guerre du feu », c’est à dire que je suis complètement contre cela. La légende, le texte, le moment de publication peuvent changer le cours des choses. Quand je sens que les gens sont déçus, je republie l’album de la révolution tunisienne et dans ce cas ils écrivent « souvenirs mémorables, photos historiques ». C’est une manière de pousser les gens à continuer le combat. Au moment de la prise de vue, je suis spectateur mais, au moment de la publication, c’est comme si j’avais une pancarte et que j’étais dans la rue.

On a parlé du sens formel, du moment où vous êtes photographe, quand vous êtes sur Facebook. Maintenant, si on parlait du côté émotionnel. Quand vous êtes dans le moment, est ce que vous sentez vous spectateur ou acteur ?

Emotionnellement, je ne suis ni l’un ni l’autre. J’ai envie de crier « Vive la Tunisie » mais je ne l’ai jamais fait. J’ai envie de mettre mon appareil photo dans le sac et de consoler un réfugié qui pleure parce qu’il a tout laissé en Libye. Imaginez un médecin qui pleure alors qu’il fait une opération à cœur ouvert. On ne doit pas être émotif. On doit mettre toute son émotion dans ce qu’on est en train de faire et il ne faut pas la dégager. C’est pour ça que je n’ai pas pu continuer indéfiniment ce que j’étais en train de faire parce qu’à force de contenir son émotion, on ne peut plus rien faire. Quand les photographes professionnels sont pendant dix jours à Ras Jedir, on les rappelle à Paris pour qu’ils se reposent avant de les renvoyer en Libye. C’est insoutenable. On ne peut pas photographier les gens dans la misère comme si on photographiait un paysage ou une porte à Sidi Bousaid.

Avez-vous toujours signé vos photos quand vous les avez publiées sur Facebook? 

Je ne les signe pas sur la photo mais en bas. Il y a une légende ou il y a un titre de la photo, un lieu, une date et mon nom.

Et si quelqu’un partage cette photo ?

Il va la partager avec sa légende. Si on l’utilise électroniquement, ce n’est pas grave, mais si c’est publié dans un livre, dans ce cas, il faut appliquer les droits d’auteur.

Cette approche citoyenne de la photo non signée, de la photo sans nom que tout le monde partage, trouvez-vous que c’est une bonne idée ? Est-ce que c’est représentatif de la catégorie qui a photographié la révolution ou pas ?

Je trouve que ce n’est pas une raison consciente. Ça a été fait au départ parce que les gens risquaient des problèmes si ils mettaient leurs noms. Les photos qui n’ont pas de nom perdent leurs traçabilités. Le fait de mettre son nom, ce n’est pas une question de vanité personnelle, c’est assumer pleinement le contenu de la photo. Dans les deux sens, le fait de ne pas mettre leurs noms est une peur de la police politique qui a cherché au départ les diffuseurs des premières photos de Kasserine où il y avait des morts tués par balles. Alors celui qui a filmé ça avec son téléphone ou avec un compact va avoir des problèmes.

Parlez-nous de la censure et de l’autocensure que vous avez peut-être vécue sous l’ère Ben Ali ?

J’ai été arrêté devant le ministère de l’intérieur bien avant le 14 janvier et à côté du palais de Carthage aussi. On m’a posé quelques questions puis on m’a lâché. Avec le club photo, on m’a arrêté parce que je photographiais des gens qui étaient sur un tapis à côté de « Jemâa Ezzitouna » l’année dernière. Il y a une paranoïa générale à cause des appareils photos.

Je ne me suis jamais autocensuré mais on évite d’avoir des problèmes.

Vous avez initié le club photos Tunis. Comment avez-vous senti la réaction des membres à la révolution par rapport à leur appareil photo, par rapport à leur approche de la photo ?

Il fallait leur demander de descendre, faire leur mission de citoyen  et de photographier. On a trouvé que c’était une situation très dangereuse parce qu’ils risquaient d’avoir des problèmes. C’est le staff du club qui en est responsable. Amine et moi sommes sortis dans la rue. Nous avons été gazés. J’ai été matraqué et j’ai failli être tué par une grenade de gaz lacrymogène. On n’a pas voulu donner des consignes pour qu’ils descendent dans la rue. Certains l’ont fait en assumant complètement. C’est pour ça qu’il y a eu cette exposition où il y a eu vingt membres du club et heureusement, ils n’ont pas eu de soucis.

Pourquoi ce titre de l’exposition?

Comme tous les titres, il faut que ce soit bizarre ou que ça sonne extra, sinon ça passe inaperçu. Moi je me trouvai plus témoin que photographe en jouant sur les signes de ponctuation, d’arithmétique. Quand on a un appareil photo dans ce genre de situation, on est plus témoin que photographe. Le photographe doit avoir d’autres prérogatives, des contraintes d’agences, de bouclage de magazines. Par contre, le témoin s’en fout indépendamment des canaux de diffusion. Donc, ils sont beaucoup plus témoins que photographes. La quasi-totalité des photographes ont lâché le morceau avec le déclenchement de la révolution égyptienne. Même les photographes professionnels tunisiens ne sont plus descendus dans la rue. Ils ont suivi le premier ministre, Hilary Clinton et les grandes personnalités politiques qui sont venus. La rue a été abandonnée aux photographes amateurs beaucoup plus témoins de l’histoire dans ce cas de figure que les photographes.

Amine Landolsi, 34 ans, marié, 2 enfants à charge, diplômé d’un master en gestion hôtelière, J’ai travaillé dans l’hôtellerie pendant 6 ans. Pour plusieurs raisons, j’ai quitté l’hôtellerie. J’ai travaillé dans une société de services pendant 2 ans comme commercial. Le destin a frappé à ma porte. J’ai connu des gens suite à la mort de mon père qui m’ont orienté vers le domaine de la photo.

A quel moment a commencé votre passion pour la Photographie ?

Vers 13, 14 ans. J’ai oublié le moment déclencheur de cette passion, mais je me souviens que mon père a accroché une première photo dans le hall de la maison. C’est un petit peu anecdotique car je ne m’en suis aperçu qu’après sa mort.

Est-ce que vous avez continué à faire de la photo depuis que vous avez 14 ans ou est-ce que vous avez arrêté un certain moment ?

J’ai arrêté un certain moment surtout quand j’ai commencé la vie professionnelle. J’ai fait une coupure. J’avais beau prendre des clichés par-ci par-là, mais ce n’était pas de la photographie recherchée, avec un thème, un fondement. De 2004 jusqu’à 2008/2009, j’ai eu une « coupure » avec la photo quand j’ai commencé à travailler.

Quand vous avez commencé la photo, vous aviez un intérêt pour la réalité sociale ou le reportage ou la photo militante ?

Vers 13, 14 ans, c’était pour retracer mes moments, mon adolescence, ma jeunesse avec un zeste pseudo-artistique. Je cherchais des formes, de l’esthétique dans la photo.

Avez-vous recommencé la photo avec l’apparition du numérique ?

Exactement. J’ai acheté mon premier appareil photo aux Etas Unis. C’était un canon 888 et c’était un argentique. J’ai travaillé avec cet appareil pendant quelques temps et puis, avec le numérique, c’était avec un compact qui appartenait à mon père. L’été qui a suivi sa mort était difficile pour moi. J’ai pris quelques prises et soudainement, j’ai rencontré un ami de quartier. C’est Hamid Bouali. Il attendait son bus et je me suis arrêté près de lui, le compact en mains « Voilà Hamid, qu’est-ce que tu en dis de mes photos ? ». Il m’a dit qu’on allait prendre un café l’après-midi pour les voir. Il a fait un petit visionnage et m’a dit « Veux-tu que je te réponde sincèrement ? ». J’ai dit oui. Il m’a dit «  Tu es un Schumacher qui roule avec un crucifix, vas t’acheter un appareil qui va égaler le niveau minimum. ». A la première occasion où j’avais de l’argent, je me suis acheté un 500D et je tombais dans le professionnalisme. C’était l’amateur qui « migre » vers le professionnel dans le domaine photographique.

Comment était votre rencontre avec le club photo ?

Le club photo c’est encore une fois Hamid Bouali. C’est lui le fondateur et moi l’organisateur. Je me rappelle de la première séance à la Maison de la Culture Ibn Khaldoun où on siège maintenant. Toutes nos séances se passaient là-bas tous les samedis. Hamid a eu la bonne idée de grouper une meute de photographes qui ne se connaissaient que virtuellement à travers Facebook, avec le « buzz » du réseau social l’année dernière. La photo est éphémère, mais c’est la relation humaine qui prime pour moi. C’est ce partage-là qui crée une osmose pour qu’on puisse donner une valeur ajoutée. On a fait un acte naturel de regrouper ces jeunes-là un samedi après-midi. La première réunion, on était une trentaine de personnes qui a commencé à y croire. On y a cru et on a pu.

Quelle est votre relation de photographe avec la révolution tunisienne ? Comment avez-vous adopté reportage social et révolution ?

Je crois en les signes. J’étais chez un ami, Si Mohamed El Banneni. C’est un historien qui a une belle demeure à la Médina et on traitait du club et de son programme. C’était le 12 janvier et il me demande ce qu’on va faire samedi prochain. Je lui ai dit qu’avec la situation actuelle, on siège devant le ministère de l’intérieur. Il m’a dit d’envoyer un message à tous les membres pour leur dire « Témoignez de ce qui se passe ». Vu les tranches d’âges que j’avais et ma position dans le club photo (je devais consulter l’équipe avant de faire quoi que ce soit), un message comme celui-là allait inciter les gens à se rendre et à photographier les évènements. Je ne pouvais pas prendre cette responsabilité. J’ai pris ces propos comme un message personnel, par rapport à moi. A la première vague de manifestants, quand on entendait des tirs, des cris, je suis sorti en courant emmenant mon appareil 7D. Si Mohamed essayait de me retenir. J’ai fait le tour de la ville de Tunis, Bab Souika, Bab Dzira, centre-ville, rue de Madrid, tout, tout… j’ai commencé à prendre des photos d’une émeute. Je me suis trouvé, avec ma voiture, au beau milieu des émeutiers et des policiers. Je manœuvrais avec des réflexes enfantins sans calculer aucun risque. Ça venait de l’intérieur. Je ne sais pas pourquoi, mais je me suis senti en sécurité. Je me suis mis dans des situations très délicates. Il y a un reporter professionnel qui m’a dit que j’étais suicidaire « 0n ne photographie pas une émeute dans une voiture. ».

Moi qui n’ai pas appris à être reporter, c’est venu progressivement entre le 12/13/14 janvier et j’ai pris une photo qui m’a permis d’avoir une couverture dans un magazine international. C’était « Jeune Afrique ». C’était la photo du Général Ammar, l’homme qui a dit non.

Un autre après-midi, lorsque les manifestants étaient partis au siège du RCD appelant à la dissolution de ce parti, il y avait beaucoup de photographes étrangers. J’ai pris le temps de les regarder faire. C’était une véritable leçon d’apprentissage. je vais raconter des trucs à mes gosses.

Votre approche était beaucoup plus citoyenne que professionnelle. Mais au fur et à mesure du temps, vous avez eu une démarche de plus en plus professionnelle. Comment avez-vous envisagé cette approche ? Quel est votre sentiment par rapport à cette photo qui a commencé citoyenne et est devenue professionnelle ?

Je vais vous raconter des anecdotes, ce sera plus véridique. Je me rappelle du premier moment à Bab Dzira où j’étais bloqué entre émeutiers et policiers, mon pied tremblait à mille à l’heure. C’était un sentiment de peur horrible que j’ai pu stopper à l’instant même. Je me suis dit « Tu veux photographier ou abandonner ? » Premièrement, j’ai contenu ma peur. Il y avait des tensions, des tirs, des bombes lacrymogènes, des gens morts à 200 mètres. C’était difficile, mais j’ai pu le faire. Mon approche le 12 était de photographier Tunis pendant 3 heures, c’est à dire : il y avait une manifestation à 13h15 à Bab Dzira. A 200 mètres, il y avait une femme qui faisait ses courses. J’ai photographié la fripe d’El Hafsia, une bagarre avec la femme en sefsari qui les dissuadait de se disputer et l’arrêt de bus… C’était extraordinaire : à Tunis, pendant un laps de temps très court, se jouaient simultanément beaucoup de scènes de la vie quotidienne.

Après, c’était un inventaire de la veille. Le 13, ce n’était pas génial. Le 14, je suis allé comme tout le monde qui frissonnait quand on chantait l’hymne national. Je n’ai pas eu de belles photos le 14. Ce n’était pas mon approche, ni mon attente.

Après, il y a un professionnel qui a tapé à ma porte pour collaborer. C’est un partenaire français qui s’appelle Nicolas Fouquet.

As-tu fais des vidéos avec ton 7D ?

Du tout.

J’ai eu des témoignages qui disaient que les gens croyaient moins en l’authenticité des photos parce qu’elles pouvaient être truquées et que les vidéos étaient plus difficilement truquables. Vous qui étiez au cœur de l’action, quelle est votre approche de l’authenticité et du message transmis par les photos ?

C’est ma propre personne qui est garante de l’authenticité de la photo. La photo est plus véridique que la vidéo pour moi parce que c’est un point de vue, c’est instantané, c’est une décision, c’est une critique. Ce n’est pas le vidéaste qui fait la photo, c’est la personne qui est le sujet. Je ne suis pas passionné de vidéos. Je veux me rassasier de la photo.

Est-ce que vous vous êtes senti acteur ou spectateur de la scène?

Quand on s’est rendu à la famille de Bouazizi, Hamid et moi, c’était après que j’ai pu me confirmer professionnellement. J’ai goûté au premier honoraire professionnel. Il y avait une équipe de télévision qui sortait de la maison, J’ai juste voulu présenter mes condoléances à cette famille que j’ai sentie harcelée médiatiquement. Moi c’est l’humain. Je n’ai pas pu avoir ce réflexe professionnel. Je n’ai jamais été un charognard. Après que je me suis senti à l’aise dans la maison, je me suis permis de prendre les photos. J’ai pris une quarantaine de photos, mais des photos sans voir. Et soudain, je vois un plan. C’était la mère assise en troisième plan sur une chaise et les deux filles. J’avais besoin d’un autre obstacle pour pouvoir « shooter » la mère. Cette photo est exposée, c’est l’une des plus belles parce qu’elle ressort mes sentiments à moi, une extériorisation de mon passage chez elle.

Avez-vous publié des photos sur Facebook ?

Non.

Quand commenceriez-vous à partager vos photos sur Facebook ?

Sur Facebook, pendant les premiers temps, j’ai partagé 3 albums. Le premier s’appelle « Run and come back », le deuxième « Tunisian lady, Tunisian first » et le troisième « La meilleure pendaison c’est l’exil ». Chaque album contenait huit photos. Pendant cette période-là, il y avait un énorme lot de photos. C’était pour partager des messages d’amour, pour que l’euphorie ou la phobie des snipers ne priment pas…avec un petit texte. Je partageais ça mais rien de plus. Mes photos professionnelles ne sont pas sur Facebook. Sur « Jeune Afrique » ou « Marianne » et « Afrique Magazine », il y avait ma signature. Il y a aussi une agence de photos anglaise en ligne qui s ‘appelle « Demotix » qui m’a contacté pour leur envoyer mes photos.

Vous encadrez le club photo Tunis. Comment voyez-vous le potentiel jeune qui est dans ce club ? Pensez-vous que la photo était presque morte à l’époque de Ben Ali et qu’après la révolution, nous allons avoir plus de photographes de presse professionnels ?

Le premier plan, c’est l’avant Ben Ali. Pour moi, la photo n’est pas uniquement la photo en Tunisie mais la photo dans le monde arabe et plus généralement dans les pays du tiers monde. Cette photo-là dérange parce qu’elle éclate des vérités. C’est pour cela qu’elle dérange. Ce n’est pas spécifique à Ben Ali. Quand on sortait photographier avec les jeunes du club, s’il y avait une interdiction, on la respectait

Dans le club, on est en train de bâtir, de vulgariser l’acte photographique pour qu’on puisse sensibiliser beaucoup de personnes. 60% des gens viennent parce qu’ils sont influencés par leurs amis sur Facebook ou ailleurs.

On ne peut pas prendre le rôle de l’Etat. On a fait une initiative privée pour permettre à ces jeunes-là d’exposer. On a fait des débats, des workshops. On est dans la phase de la sensibilisation, « Prenez vos appareils et photographiez ». Le photographe a la tâche la plus difficile au monde, parce qu’il sait montrer la réalité.

Vous avez parlé de phénomènes d’interdiction de photographie par rapport à vos membres. Est ce qu’il vous est arrivé dans la rue quand vous photographiez de vous faire intimider par la police ?

Oui, je l’ai vécu dans les premières années de mon amateurisme, vers 17 ans, et C’était le 2ème jour de l’Aïd et j’étais avec ma copine. On faisait une petite balade au centre-ville pour manger, là où il y avait la maison de culture Ibn khaldoun, devant le cinéma l’ABC. Il y avait à l’affiche le film « Pokémon » et deux queues de petits enfants. J’ai voulu photographier et un policier est venu me demander mes papiers. Il m’a dit que je photographiais la police. J’ai dit non. Il m’a dit de le suivre et j’ai passé 3 heures au commissariat avec un harcèlement moral.

Abdelaziz Belkhodja

Publié: 8 juin 2011 dans Censure

Je suis juriste de formation. J’ai étudié à Aix-en-Provence. J’ai une maîtrise de droit public et j’ai préparé un DEA en études politiques. Je n’ai pas exercé mon droit, mais je suis éditeur depuis 1993 et écrivain. Cette dernière année, depuis le moi de décembre, j’ai beaucoup milité pour la Révolution Tunisienne et juste après, j’ai fondé un parti politique : le Parti Républicain qui petit à petit fait son nid. D’ailleurs, on a opéré une fusion hier avec un autre parti. C’est la première fusion qui a été réalisé dans toute l’histoire du monde arabe parce qu’on a un sacré problème de personnalités dans le monde arabe. En ce jour (le 28 avril), c’est le premier jour d’existence de l’alliance républicaine.

 

 

 

 

 

Vous êtes éditeur depuis 1993, vous avez publié des livres, des bandes dessinés, est ce que vous avez eu des problèmes avec la censure en Tunisie ?

 

 

 

On a toujours des problèmes avec la censure en Tunisie surtout quand on est dans le domaine de l’écriture, du cinéma, de l’expression en général. Il y a deux formes de problèmes par rapport à la censure : il y a le problème de l’autocensure qui est peut être plus considérable que le problème de la censure parce que toute la dictature procède d’abord par la dissuasion. L’état fait en sorte qu’il y ait une peur ambiante et il fait circuler lui-même beaucoup de rumeurs. Donc, vous avez déjà tendance à vous autocensurer. Quand on ajoute l’autocensure naturelle et normale à l’autocensure de l’éditeur, de créateur de livres, il y a une censure qui est démultipliée parce qu’il y a un risque financier. Par conséquent, l’éditeur regardera la censure d’une manière plus importante et donc il y a double dissuasion.

 

Comment s’exerçait la censure en Tunisie ? Elle s’exerçait d’une manière très pernicieuse, très vicieuse, par l’intermédiaire de ce qu’on appelle de dépôt légal. Le dépôt légal est une institution qui est centenaire et qui est destiné à inscrire, à sauvegarder la mémoire de l’humanité. Il existe dans tous les pays du monde. Il s’agit simplement de déposer son œuvre, et on obtient par la même occasion une immatriculation pour le livre.

 

Le système vicieux qui a été mis en place par la police tunisienne a été de faire en sorte que ce dépôt légal devienne une autorisation. C’est à dire, vous allez déposer (d’ailleurs dans le monde, vous déposez et vous partez). Ils ont institué un système où vous devez revenir pour prendre une autorisation de distribution de votre livre. Vous n’avez pas le droit de sortir le livre de l’imprimerie avant d’avoir cette autorisation.

 

 

 

Donc l’œuvre de l’esprit matérialisé a besoin d’un accord pour être diffusé ?

 

 

 

Exactement ?mon premier gros problème avec la censure était particulièrement incroyable parce que je m’y attendais pas du tout. En fait, j’ai réédité deux bandes dessinées qui dataient d’une bonne vingtaine d’années. Elles avaient déjà été publiées sous l’ancien régime, le régime de Bourguiba. L’une s’appelait « Les petites choses de la vie » et l’autre « Les arrivistes ». Comme selon la formule « qui se sent morveux, se mouche », le titre « Les arrivistes » les a beaucoup ennuyé, à la police bien sûr, et ils ont pensé qu’ ‘il s’agissait de ces nouveaux arrivés au pouvoir , la famille Trabelsi et la famille Ben Ali. C’était en 2002 et les deux bandes dessinées avaient déjà été publiées depuis 1983, 19 ans avant. Je présente mes livres au dépôt légal et les livres ne viennent pas. C’est à dire qu’à chaque fois que j’appelle, ils me disent que ce n’est pas prêt ils ne motivent pas du tout leur refus. Au bout de quatre mois, j’ai rencontré le ministre de la culture qui est arrivé à mon stand à la foire du livre. Il m’a demandé « est ce que tout va bien monsieur Belkhodja ?». en fait, il venait préparer l’arrivée du président Ben Ali parce que tous ont peur que nous nous plaignons au président des problèmes administratifs. J’ai dit « oui, sauf que j’ai deux livres qui sont censurés depuis quatre mois. Il m’a demandé lesquels. Je lui ai dit mes deux bandes dessinées et j’ai raconté qu’elles sont sorties il y a 20 ans et je ne vois pas pourquoi elles étaient censurées et que ça doit être une erreur. Il m’a dit « je m ‘en occupe. J’ai dit « c’est bon, je compte sur vous ». Ben Ali arrive le lendemain. Comme je suis poli, je ne lui en parle pas puisque le ministre m’a promis de les lâcher. Le lendemain matin, je vais voir le dépôt légal et je leur demande s’ils ont reçu un coup de fil du ministre. Ils me disent non. J’ai demandé qu’ils l’appellent parce que j’ai eu sa parole pour qu’on me lâche mes livres et j’ai dit que je reviens demain matin. En descendant du bureau du dépôt légal, je trouve un ami algérien qui me dit « vous êtes devenu fous les tunisiens ? ». J’ai dit pourquoi. Il m’emmène pour faire un tour et on trouve des livres intégristes de premier niveau, des livres où on écrit que la femme ne doit pas serrer la main de l’homme… des choses qui n’ont rien à voir avec l’esprit d’ouverture du tunisien. J’ai acheté tous les livres des intégristes et je me suis dit que demain si on ne me donne pas mon papier, je fais un scandale. Le lendemain, je vais chercher mon parier et on me dit désolé, on ne l’a pas. Là, je suis sorti de mes gonds, je leur sors les bouquins, je leur dit « regardez ce que vous laissez vendre à la foire du livre alors que moi qui fais des bandes dessinées progressistes et modernes, vous ne les laissez pas sortit. Vous ne savez pas faire votre boulot, vous êtes entrain de foutre le pays en l’air… » et je les accuse de tous les maux du monde. En rentrant, je m’aperçois que ça va faire beaucoup de remous parce que j’ai insulté les gars. Alors, j’écris une lettre au bureau des affaires politiques et je leur explique que les livres qui sont entrain de se vendre en Tunisie sont des livres intégristes et je leur mets en bas désormais une copie envoyée à la présidence de la république. 20 minutes après, je reçois un appel du ministre de la culture. Il me dit qu’ils étaient en train d’étudier l’affaire de mes livres et il vient de recevoir un dossier qui dit que j’ai insulté les gens du bureau légal et que je leur ai dit qu’ils ne savaient pas travailler. Je lui ai dit qu’il m’avait promis qu’il verrait le problème de mes livres. Et il n’a rien fait. Et j’ai dit que les livres qui sont vendus à la foire du livre sont intégristes. Il m’a dit d’arrêter de dire ça et que mes écrits sont contre le pouvoir.. j’ai dit que le propos n’avait rien à voir avec mes livres, le propos à a voir avec une opération de censure. Il raccroche. Il savait qu’il était sur écoute.

 

Je te dis ça pour que tu saches à quel point ça peut aller. Un livre qui était sorti il y a 20 ans ne pouvait plus sortir du temps de Ben Ali.

 

 

 

Il y avait une sorte d’injustice ?

 

 

 

Il y avait une aggravation du manque de liberté.

 

 

 

Comment vous expliquez que ces livres intégristes passent et que vos livres ne passent pas. Est ce que vous croyez que ces éditeurs ont des relations avec des gens proches du pouvoir ou pour d’autres raisons ?

 

 

 

Je pense que l’état est infiltré par des intégristes partout, par des gens qui ont une conception très fermée de la religion, des gens très rétrogrades partout dans l ‘administration de la police et qui laissent passer des choses comme ça.

 

 

 

Vous avez été très actif pendant la Révolution Tunisienne, par révolution je définis la période de trouble du 17 décembre au 14 janvier. Vous avez beaucoup écrit, vous avez beaucoup partagé, vous avez vu beaucoup de photos pendant la révolution ?

 

 

 

Oui. Les photos, les films et les vidéos ont été un élément déterminant pendant la révolution pour son couronnement parce que si la révolution n’était pas arrivée aux grandes villes, les gens du centre ouest de la Tunisie auraient pu faire la révolution pendant 20 ans, il se serait rien passé. C’est parce que la révolution a atteint les grandes villes et particulièrement Tunis le 14 janvier qu’elle a réussi, sinon, elle aurait échoué. Pour ça, les photos et les vidéos ont joué un très grand rôle. Il y a eu les mêmes évènements à Rdaief il y a 2 ans, or la chose n’a pas été relayée. Pourquoi la révolte de Rdaief n’était mu en révolution ? parce qu’on n’a eu ni photos, ni vidéos, ni témoignages visuels.

 

 

 

Pourtant la chaîne Al Jazira a retransmis des images de Rdaief qui sont restés sur Al Jazira, nous ne les avons vu nulle part ailleurs.

 

 

 

Pourquoi ? Parce que les réseaux sociaux n’étaient pas encore assez développé.

 

 

 

Vous pensez que les réseaux sociaux, notamment twitter et Facebook ont joué un rôle important ?

 

 

 

J’en suis persuadé. Personnellement, ma décision de prendre les armes, c’est à dire de rentrer complètement en rébellion par rapport au régime, de dire tout ce que je pense et la fin de la censure dans ma tête et l’autocensure a été prise à partir de la vision d’une vidéo.

 

 

 

Les vidéos ont-ils joué un rôle plus important que la photo ?

 

 

 

Oui, bien sûr parce que la vidéo a le mouvement et le son, il y a une crédibilité plus grande. La photo reste manipulable, pas la vidéo, c’est beaucoup plus difficile. Dans les vidéos, il y avait des éléments déclencheurs de révolte.

 

 

 

Vous rappelez vous des noms des personnes qui ont publié ces vidéos et ces photos ou est ce que c’étaient des total inconnus ?

 

 

 

Je me rappelle de quelques noms, mais en général, c’étaient des noms de gens connus. En fait, quelqu’un poste une vidéo sur Facebook par exemple où il y a des scènes de manifestations, des discours fait par des inconnus, réunions de l’Union Générale des Travailleurs Tunisiens ou de l’Ordre des Avocats, scènes de violences dans la rue avec les flics, scènes de tir… et ces séquences vidéos sont partagés. Très souvent, elles sont censurées et on censure la source. Mais beaucoup de gens ont appris à télécharger les vidéos et à les reposter eux-mêmes. C’est ce qui a fait que ces vidéos ont perduré sur les réseaux sociaux et elles ont beaucoup de s

 

succès.

 

 

 

Vous avez une connaissance sur les moyens de censure qui ont été appliqué pendant la révolution ?

 

 

 

Oui. A Tunis, l’ATCE reçoit l’internet et elle redéploye une forme d’intranet. Donc, nous croyons être sur internet en Tunisie alors que nous sommes sur intranet. A partir de là, l’ATI ferme l’accès aux pages.

 

 

 

Censure-t-elle par mots clés ?

 

 

 

Il y a la censure par mots clés mais il y a surtout la censure par fermeture des pages. Vous ouvrez la page et là il y a « ammar 404 ».

 

 

 

Avez vous publié des choses qui ont été censuré par « ammar 404 » ?

 

 

 

Oui, beaucoup de vidéos. J’ai republié des vidéos. Mais ce qu’il y a de bien, c’est qu’on a très vite reçu les alertes. Comme c’était la première fois que ça se passait en Tunisie, les derniers jours de la révolution, le pouvoir n’était pas prêt, il ne réalisait pas la puissance de Facebook et que c’est grâce à Facebook et à twitter que la révolution a atteint les grandes villes et que les gens commençaient à s’organiser pour les manifestations… c’est pour ça qu’à la manifestation du 14 janvier, il y avait 80% de bourgeois et très peu de travailleurs et des gens du peuple (par peuple, je veux dire des gens modestes). Les bourgeois, qui sont les profiteurs eux mêmes, étaient le pilier du régime de Ben Ali et ils étaient là à la manifestation et c’est ce qui a fait sa chute. Ce sont ces gens là qui se sont partagés photos, vidéos et articles et statut. La photo et la vidéo étaient là pour soutenir tout un mouvement de fond, l’âme de fond.

 

 

 

pensez vous que ces photos et ces vidéos qui ont mené les gens à sortir dans la rue le 14 janvier avaient plus touché les bourgeois que les autres parce qu’ils sont descendus ?

 

 

 

Le 14 janvier, j’étais impressionné de voir 80% des gens dans la rue qui étaient de la banlieue nord de Tunis de Menzah (les quartiers aisés).

 

 

 

Crois tu qu’ils ne savaient pas ce qui se passait avant le 14 janvier en Tunisie ?

 

 

 

Non, ils savaient et ils étaient silencieux à cause de la répression.

 

 

 

Qu’est ce qui a poussé les gens à sortir ? Quel est l’impact social, sur le mental que les photos et vidéos qui ont été posté ont eu ? Qu’est ce qui a changé dans les mentalités ?

 

 

 

On vivait dans une situation qui était schizophrène. Tout le monde acceptait le pouvoir mais tout le monde le détestait à cause de la répression. Lorsque la révolte s’est étendue et qu‘elle a commencé à se réaliser dans toutes les villes de la Tunisie, les gens n’avaient plus peur. Les gens voyaient d’autres personnes mourir, beaucoup de villes se soulever. C’est vraiment psychologique. Il arrive un moment, et ça il faut le vivre pour le comprendre, où à force de voir, d’entendre, de lire qu’un mouvement prend de l’ampleur, les gens se disent on n’a plus peur et ils commencent à parler. Il y en a pas beaucoup qui parlent mais il y a des leaders d’opinion qui commencent à s’exprimer et les autres suivent. Ça se passe comme ça sur Facebook. Lorsqu’il y a eu l’appel à la manifestation le 14, il y a eu un élément qui a joué en la faveur de la réussite de cette manifestation, c’est que la veille, Ben Ali fait un discours. Il avait dit que c’était fini, qu’on allait plus tirer sur les gens, que tout le monde aurait le droit de s’exprimer et que la répression était terminée en Tunisie. Alors, les gens ont été encouragés à sortir faire la manifestation. Ils n’ont plus peur du tout. On était en liberté depuis 12h de temps. C’est vrai, c’était le 13 au soir, les gens étaient devenus libres et il nous l’a prouvé avec l’émission de télévision qui a suivi son discours où le ton était très ouvert. Le lendemain, les gens sont descendus avec beaucoup plus de facilité. Ça veut dire que s’il avait pas dit son discours, il serait peut être encore au pouvoir.

 

 

 

Pour Facebook, vous avez une page où vous acceptez des amis, ou une page fan, ou une page groupe ?

 

 

 

 

 

Non, ça s’est joué sur mon compte qui était à 800 amis et qui a été complètement saturé en pratiquement une semaine.

 

 

 

Ces gens que vous acceptez, est ce qu’ils utilisaient leurs pseudonymes ou leurs vrais noms ?

 

 

 

En général, je n’accepte pas les pseudonymes.

 

 

 

Les gens s’exprimaient avec leurs vraies identités sachant qu’il y avait un contrôle derrière ?

 

 

 

Oui et ils ont reçu des menaces. La plupart de mes amis et moi-même ont reçu des menaces. La plupart des gens qui étaient très actifs ont reçu des menaces claires et nettes de la police et d’individus par des messages. On a même reçu des appels masqués alors que ça n’existe pas sauf pour les hauts placés.

 

 

 

Neda a été tuée lors de manifestations violement reprimés en iran en juin 2009. Un autre manifestant sur place a filmé la scéne et a transmis cela sur le web. La vidéo a fait le tour du monde. Nous assitons au premier balbutiement du photojournalisme citoyen revolutionnaire. Cette video, au dela de tout texte a fait le buzz sur internet.

Le post écrit un article tres détaillé sur le sujet que vous pouvez retrouvez ici.