Ridha Abassi

Publié: 9 juin 2011 dans Photojournalistes citoyens

Ridha Abassi, instituteur, originaire du gouvernorat de Kasserine.

 

Comment avez vous vécu la révolution ? Avez vous pris des photos de la révolution ?

 

On a photographié des choses mais les plus grands reportages se sont fait après le 14 janvier. Les premiers jours, on a suivi les pages que les gars de Kasserine avaient envoyés, surtout le soir où je ne pouvais pas sortir parce que j’ai des enfants et c’était un peu loin pour moi. Le soir, c’était un peu codé. Je savais où se cachaient mes amis, où les flics siégeaient. Les pages avaient une connotation révolutionnaire au début. Il y avait une page où les admin vérifiaient au prix de leurs vies si il y avait vraiment des tirs de balles et nous le communiquait tout ce qui se passait par des phrases et des symboles (la police est à tel endroit, il y a eu un mort, les gars sont à tel endroit…).

 

Avant que ça n’atteigne Kasserine, vous avez vu les photos de Sidi Bouzid sur Facebook ?

 

Oui. C’était le déclic mais pas la raison qui nous a poussé à sortir dans la rue. La première révolte s’est passée à Feriana mais les gens n’en ont pas parlé. Après, elle a atteint Tala et après à Kasserine au moment de l’enterrement d’un citoyen qui s’est immolé et on ne l’a jamais cité. Depuis la mort de cette personne, on a senti que la révolution était arrivée.

 

Quelle est l’information fiable que vous aviez, Al Jazira ou Facebook ou autre ?

 

Facebook et téléphones. Comme les gars au café étaient de différentes cités, ça nous permettait de vérifier l’information entre nous. Ensuite, il y a eu France 24 avant Al Jazira parce que cette dernière n’avait pas de correspondant ici, c’était avec le téléphone avec l’un de nos amis qui leur donnait l’information ici. Par contre, France 24 et Al Arabia étaient là avant que le président parte, quand il a laissé es médias travailler soi disant. France 2 a présenté une très grande émission « Envoyé Spécial ».

 

Les médias en lesquels vous avez confiance sont étrangers. Avez confiance en les médias tunisiens (journaux, télévision, radio) ?

 

Non du tout. Ils n’ont jamais été honnêtes. Ils se cherchent encore aujourd’hui. Ils disent ce que le peuple veut entendre. Pourquoi ils ne parleraient pas de la justice ? parce que c’est un domaine très corrompu.

 

Vers le 10 janvier, il m’est arrivé une anecdote : un journaliste du journal « Essabah » est venu me demander des news de Kasserine et je lui ai raconté ce qui se passe. Il y a un gars à côté de moi qui m’a dit que le journal appartenait à Sakhr El Materi, le gendre du président. Je lui ai dit de ne pas mettre cet article. Il m’a dit que les choses ont changé. Effectivement, l’article a paru avant le 14 janvier.

 

Même après cette initiative, la confiance n’est pas restaurée ?

 

Si Ben Ali était resté, ce journaliste n’aurait jamais continué à venir ou à écrire ce qu’il a écrit. Jamais. Avant, il y avait un manque de confiance et maintenant il y a un manque de professionnalisme. Le journal télévisé diffuse ce qu’on voit sur Facebook.

 

Le journalisme citoyen qui remplace le journaliste est d’actualité même après la révolution ?

 

Le journalisme citoyen a continué mais c’est dommage que la plupart des pages tendent à servir un but précis. Pendant la révolution, chaque jour on leur fermait leurs pages et on sortait un nouveau lien et on devient 10 000 en 3 heures. Maintenant, je l’ai rayé parce que je sens qu’il sert une orientation particulière et il essaie de te convaincre parce que c’est le premier qui t’a donné l’information. J’ai enlevé Facebook.

 

As tu senti que Facebook a crée une union nationale ?

 

A l’époque, il a crée l’union mais maintenant, il est entrain de faire le contraire.

 

Qu’est ce qui vous a le plus influencé, la photo ou la vidéo ?

 

Les vidéos. On voyait la guerre dans les vidéos, de la fumée, un crâne éclaté…

 

Est ce que les photos ont moins de crédibilité ou est ce qu’elles expriment moins l’état de la révolution ?

 

Le problème c’est que les photos ne sont pas pris par des professionnels. On prend des photos mais elles ne sont pas fameuses.

 

L’impact de la photo professionnelle est plus fort que l’impact de la photo témoignage ?

 

C’est normal. Ça arrive qu’on prenne une belle photo, mais le chasseur de photos reste indéniablement celui qui sait de quel angle doit être prise la photo, comment elle est expressive…

 

Quelle image de la révolution qui vous a le plus marqué ?

 

Les vidéos à l’hôpital nous ont beaucoup marqué. Quand tu vois un anesthésiste faire un massage cardiaque et pleurer, tu ne peux pas l’oublier.

 

As tu un appareil photo ou un téléphone portable avec lequel tu prends des photos ?

 

Un appareil photo mais je n’ai jamais fait des photos à la maison. Maintenant, je suis comme les européens, mon appareil photo ne me quitte plus.

 

L’info et l’intox. A Kasserine, tous les jours il y a une nouvelle histoire. Des fois tu résouds un problème en présentant ta vidéo. Par exemple, il y a une rumeur qui dit que il y a des voitures sui distribuent de l’argent et qu’il y a des armes, je vais filmer et je mets ça sur facebook. Je montre comment il a été arrêté…

 

Tes amis sur facebook croient en l’authenticité de l’information que tu leur donnes ?

 

C’est sûr mais si on arrive à douter même quand une information est juste. Quand c’est toi même qui filme, il n’y a plus de problème.

 

As tu invité des gens qui n’avaient pas d’ordinateur à se joindre à toi pour regarder les photos et les vidéos ?

 

Non, mais ma sœur et ma mère viennent regarder ce qui se passe. Ma femme a ouvert un compte Facebook pour leur montrer les photos et vidéos quand je ne suis pas à la maison. Elles veulent maintenant des pc parce que ce n’est que le début.

 

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