Wassim Ghozlani

Publié: 8 juin 2011 dans Nouveaux photographes Tunisiens

J’ai 24 ans. Je suis jeune photographe tunisien, responsable du club photo de Tunis et fondateur du premier portail web tunisien.

Où avez-vous appris la photo ?

Je suis autodidacte de la photographie. J’ai commencé il y a 3 ans. J’ai acheté un Canon 450D et j’ai commencé à faire de la photo en lisant, en me documentant…

Quelle initiative vous a encouragé à commencer la photo ?

Je suis du domaine de l’art visuel. Je faisais beaucoup de graphiques, de web design et la photo était complémentaire de mon travail. C’était principalement pour produire des photos afin de faire un travail graphique. C’est parti comme ça et puis petit à petit, j’ai dérivé vers la photo en laissant tomber un peu le graphique.

Vous avez commencé avant la révolution tunisienne. Avez vous toujours été intéressé par la photo reportage ou le reportage social ?

Oui. J’ai commencé avant la révolution et j’avais beaucoup d’affection pour la photo journalisme. Mes premières photos étaient sur l’état d’un village à Kasserine où il y avait beaucoup de personnes âgées qui n’avaient pas de travail. Comme je suis originaire de cette région, j’ai fait un reportage photo et c’était mon début dans la photo.

Avez-vous publié ce reportage ?

J’ai l’ai publié sur mon site web, mon compte flicker et sur mon profil Facebook.

Trouvez-vous dans les journaux du reportage social ?

Avant la révolution, ça n’existait pas parce que d’une part, le contenu photographique des médias (journaux ou magazines) était très précaire parce qu’on ne faisait pas beaucoup d’efforts sur ce point-là. Ils privilégiaient des textes plagiés sur internet et des photos copiés sur « Elite-images » mais ils n’avaient pas de contenu tunisien ou une orientation pour enrichir les reportages photos avec des photographies professionnelles.

Avez-vous déjà été sujet à la censure ?

Je l’étais mais indirectement. J’ai commencé la photo par un compte flicker où je publiais mes photos. A un certain moment, flicker a été censuré en Tunisie. De ce fait, je ne pouvais plus publier mes photos ce qui m’a poussé à les publier sur Facebook.

Avez-vous essayé de contourner cette censure sur internet ?

La solution la plus facile c’était de créer un compte Facebook. Ensuite, c’était de lancer mon propre site web qui était pour moi une échappatoire parce que je n’étais pas très connu. Par conséquent, je pouvais diffuser mes photos tranquillement sans être dérangé.

Avez-vous été arrêté ou intimidé par les policiers en sortant votre appareil photo ?

Ça m’est arrivé à deux reprises sur l’avenue Habib Bourguiba et une autre fois en photographiant à côté d’une caserne militaire à Bizerte. Les questions étaient : « Qu’est-ce que tu fais ? Pourquoi tu fais ça ?… à force de parler avec eux, j’arrivais à m’en sortir. Ce n’était pas le cas de tout le monde.

Ces intimidations vous ont-elles dissuadé de faire des photos ?

Jamais. On connaît toutes ces pratiques-là. La première chose qu’on nous apprend et qu’on apprend à travers les autres c’est que la police en Tunisie est l’ennemi de la photographie. Elle ne veut pas que les photos échappent à son contrôle et se propagent sur internet.

Avez-vous toujours signé vos photos ?

Oui, toujours.

Avez-vous photographié pendant la révolution, du 17 décembre au 14 janvier ?

J’ai commencé à photographier à partir du 10 janvier. J’ai raté le 14 janvier parce que ce jour-là, il y avait beaucoup de casses, les gens ont brûlé les immeubles et les boutiques, donc j’étais obligé d’aller avec mon père pour barricader notre usine. J’ai raté la manifestation du 14 mais c’était la chose qui m’a poussé à ne pas m’arrêter de photographier pendant les jours qui ont suivi. J’étais à la Kasbah 1 et 2, dans les manifestations des islamistes, des anti- RCD… J’étais même à l’RCD pour faire un reportage photo qui a été mon premier reportage photo à être publié dans un magazine tunisien.

Avez-vous côtoyé des gens qui prenaient des photos pendant toutes ces manifestations même avant le 14 janvier ?

Les photographes tunisiens ne sont pas nombreux. On se connaît tous que ce soit à travers le club photo, à travers « shutter party ».  Tout le monde a sorti son appareil photo pour photographier.

Avez-vous regardé les photos publiées sur Facebook et sur votre « shutter party » ? Est-ce que la majorité est plus des photos d’amateurs ou plus de gens avertis comme vous ?

On ne peut pas parler d’amateurs et d’avertis parce qu’avant la révolution, il n’y avait pas de photo journalisme en Tunisie. Pour nous tous, c’était une nouvelle expérience de faire des photos de manifestations. C’était très difficile parce que nous ne sommes pas habitués à ça et on pouvait tomber dans les photos banales. Il y a des amateurs qui ont fait de très belles photos qui représentent la révolution en tant que photographie documentaire et d’autres qui ont ajouté une touche artistique et leurs expériences d’avant le révolution.

Etant membre du club photo, connaissez-vous le matériel le plus souvent utilisé par les photographes ou par les amateurs qui viennent dans ce club ? Est-ce du matériel professionnel ou des compacts, téléphones portables ?

Ils utilisent beaucoup de réflex numérique et de compacts. Quand ils côtoient des professionnels, ils croient que le plus important c’est le matériel et achètent des reflex numériques même s’ils n’ont pas le savoir technique pour les maîtriser.

Vous avez regardé beaucoup de photos sur internet. Ces photos ont-ils eu sur vous un impact pour sortir de chez vous prendre des photos ou est-ce que c’était une initiative propre ?

C’était mon initiative. D’abord en tant que photographe et en tant que citoyen qui sentait que le pouvoir de son appareil photo pouvait informer les gens et les aider à comprendre la situation, cette raison m’a plus motivé à sortir que le fait de voir d’autres photos sachant que j’ai commencé à en prendre avant le 14 janvier.

Pratiquez-vous de la vidéo ?

Non, mais j’ai réalisé des montages photo.

Au souvenir de ce que vous avez vu sur internet, est ce que ce sont les photos ou les vidéos qui vous ont le plus influencé?

Je pense que ce sont les photos car les vidéos sont tellement ressemblantes qu’il est difficile d’en garder une en mémoire. Une photo est gravée dans l’esprit.

Vous rappelez vous des noms des personnes qui ont fait les photos vus sur internet ou est-ce que ce sont les photos qui vous ont marqué plus que les personnes ?

Pour être franc, je commence par regarder la photo puis je jette un coup d’œil sur le nom de celui qui l’a faite. Généralement, je garde toujours à l’esprit le nom du photographe d’une photo qui me plaît, mais je peux dire que les photos les plus percutantes étaient des photos de photographes étrangers venus en Tunisie. C’était des photos poignantes. Après on a commencé à voir de plus en plus de photos de qualité de photographes tunisiens.

Est-ce que vous pensez que la renaissance de la photo en Tunisie est ponctuelle, restreinte dans le temps (jusqu’au 14 janvier) ou est-ce une ouverture, une porte ? Pensez-vous qu’il va y avoir un développement de la photo ?

Tant qu’on fait des photos qui dérangent le système que ce soit le système dictatorial d’avant la révolution ou un nouveau système démocratique, je pense que si on ne prend pas l’initiative d’étendre cet acquis-là dans le futur et de ne pas fléchir devant les intimidations qui continuent jusqu’à aujourd’hui, cet acquis qu’on a eu le 14 janvier va s’estomper. Tout se joue à travers notre action dans le futur.

Quel impact « Shutter party » a eu sur les gens et sur la photographie en Tunisie en général ?

« Shutter party » est une initiative qui a contribué à encourager les jeunes photographes à faire des photos. Elle a aussi permis à d’autres de montrer leurs photographies à travers le site, la page ou des concours. Dernièrement, il y avait l’appel à participation à l’exposition au palais de Kheireddine. Il faut dire que c’est un tremplin pour le futur des jeunes photographes tunisiens.

J’espère que d’ici un an, la photographie en Tunisie avancera et on aura un vrai moment photographique tunisien. Avant la révolution, cinquante ans de vie photographique sont passés sans laisser de traces. Il n’y a pas eu de photographes tunisiens de renommée à part quelque uns qui sont étrangers et qui étaient là. J’espère que le 14 janvier sera le tremplin qui va lancer beaucoup de jeunes talents tunisiens qui le méritent.

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