Pourquoi ce blog?

Publié: 8 juin 2011 dans Non classé

Ce Blog est la partie pratique de mémoire de fin d’études à l’ENS Louis Lumière. Le sujet de ce mémoire est le rôle du photojournalisme citoyen en l’absence de médias libre dans le cas de la révolution tunisienne. Ce blog sera aussi une annexe de mon mémoire : elle comportera, associée aux photos, des temoignages et des entretiens que j’ai realisés avec les differents acteurs de cette révolution.

J’ai choisi de créer un blog pour la simple raison que la révolution tunisienne, qui a été une révolution de l’image, a eu comme media de diffusion internet. Ma partie pratique est donc orientée dans ce sens. Le blog presentera des portraits que j’ai réalisés lors de mon déplacement en Tunisie. Ces portraits sont ceux des photojournalistes citoyens, mais aussi de blogueurs, de photographes amateurs devenus professionnels grace à la révolution mais aussi de témoins. Ces images seront accompagnées d’images que ces personnes ont réalisées pendant la révolution.

La forme du blog permet de mutiplier les médias , et dans ce sens j’ai choisi d’accompagner les transcriptions d’entrevues que j’ai faites par d’autre articles relatifs à ma recherche, à ma bibliographie… Donc, sur ce blog se retrouveront des éléments très intéressants à propos du Cinquième pouvoir mais que je n’ai pas pus inclure dans le corps de mon mémoire.

Ce blog est aussi une continuité du mémoire. Cette continuité est intemporelle. Il permettera des interactions sur les sujets abordés et liés à la photographie citoyenne, au journalisme citoyen, aux nouveaux médias… C’est un sujet que j’ai déblayé mais où il reste beaucoup à creuser. Le cas de la Tunisie est très particulier : le journalisme citoyen a rempli le rôle du 4ème pouvoir en le remplaçant totalement. Aujourd’hui, un flou plane sur l’avenir de l’information en Tunisie.

J’ai écrit mon mémoire comme j’aurai écrit un blog. Alors j’écrirai avec vous ce blog pour qu’il reste dans les mémoires.

Mohamed Moncef Lemkecher

Publié: 14 décembre 2011 dans Non classé

Avez-vous eu des contacts rapprochés avec Ben Ali ou son équipe pendant qu’il était président ?

J’ai connu Ben Ali en 1985, comme ministre de l’intérieur et ensuite comme président. Serge Moati, ayant été dans l’équipe de Mitterrand et ayant trouvé la notion de la force tranquille, lui a conseillé de trouver quelqu’un qui connaît la télévision et l’image. Vu que le président m’avait connu quand il était ministre à l’époque où je produisais des émissions pour la télévision tunisienne qui avaient pour sujet les gouvernorats de la Tunisie « Ma terre, fidélité et promesses » (j’étais l’auteur et le réalisateur), il a fait appel à moi par l’un de ses conseillers, monsieur Moncer Rouissi qui m’a appelé à la présidence à peu près six mois après la présidence de Ben Ali et j’y suis resté jusqu’en Décembre 1989.

Quels étaient vos rapports avec le président ?

Au début, il était très réticent. Ce n’était pas un homme de l’image. Il était ministre de l’intérieur, il ne voulait jamais se faire photographier. Mais dès qu’il a été premier ministre (pendant un mois), on n’a pas trouvé d’image à la télévision tunisienne pour le passer. Je me suis dépêché à aller le voir à son bureau au ministère de l’intérieur alors qu’il était premier ministre pour lui prendre les premiers clichés afin qu’il devienne public.

Il gardait son bureau au ministère de l’intérieur alors qu’il était premier ministre. Comment voyez-vous ça ?

C’étaient les premiers jours, il n’était pas encore au premier ministère. Le problème c’est que Rchid Sfar était premier ministre et Ben Ali était à cheval entre le premier ministère et le ministère de l’intérieur.

Etait-il en même temps ministre de l’intérieur et premier ministre ?

Disons premier ministre et ministre de l’intérieur.

Cet esprit policier du ministère de l’intérieur l’a-t-il suivi au premier ministère ?

Il ne faut pas oublier que celui qui a précédé Sfar, Mohamed Mzali, avait quatre ministères et sa femme aussi était ministre. Dans son lit, il y avait 7 ou 8 ministères en même temps.

Cet homme-là qui n’aimait pas se faire photographier, comment était la première approche ?

C’était comme si quelqu’un tout à coup avait ouvert la porte, il y avait une mise à nu. Il était très mal d’être tout d’un coup aux premières loges et devant tout le monde. Il était mal dans sa peau avant qu’on le prenne en charge. Il y avait beaucoup de pudeur, de timidité. C’était un homme des coulisses. C’était comme s’il était éberlué par les flashs. Il disait « ça suffit, ce que vous avez pris est suffisant », mais il se laissait faire, il donnait de jolis sourires et on a fait les premières photos de lui.

Il n’aimait pas vraiment mais il se laissait faire. Comment voyez-vous cet homme qui avait la prétention de devenir président alors que ce n’est pas un homme de l’image?

Je ne sais pas si à cette époque-là, il avait cette ambition-là. Il voulait être aux premières loges mais pas président de la république. Mais le concours de circonstances du 6 novembre 1987, quand il sentait qu’il allait être limogé du premier ministère et que son ami Abdelwahab Abdallah lui avait ramené la dépêche qui le destituait de ce ministère et le remplaçait le lundi d’après par Mohamed Sayah, il a été acculé, il ne savait pas quoi faire. Je pense que c’était son ami Habib Ammar qui l’a aidé. Le dossier médical de Bourguiba, c’est Mzali qui l’a préparé et cette histoire circulait depuis déjà 2 ans.

Parlez-nous de cette histoire de la dépêche d’Abdewahab Abdallah, de la TAP et de la veille du 7 novembre…

Ceux qui avaient prévu la destitution de Ben Ali du premier ministère sont Abdelwahab Abdallah qui était ministre de l’information et qui a reçu la dépêche venant de la présidence pour la passer à la TAP pour rendre publique cette information. Quand elle a échoué sur son bureau, il a traversé l’avenue Bourguiba pour aller au bureau de Ben Ali afin de lui montrer la dépêche qu’il a court-circuité pour qu’elle n’aille pas à la TAP.

En quelque sorte, c’est une traitrise envers l’état et envers la loyauté pour son président de l’époque…

Il y avait Abdelwahab Abdallah, Saida Sassi, la nièce de Bourguiba qui dit la même chose (son limogeage était confirmé). Bourguiba ne regardait plus la télévision, mais écoutait plutôt la radio. Il était tellement fatigué qu’il ne tenait pas que l’information sorte le jour même et les institutions devaient faire leur travail. Chacun a joué la carte qu’il voulait au moment opportun. C’est pour cela que Ben Ali était toujours reconnaissant envers Abdelwahab Abdallah qui n’a jamais quitté le président depuis le 7 novembre jusqu’au jour de son limogeage où il l’a destitué avec Abdelaziz Ben Dhia. Il a dit qu’il avait mis fin à leurs fonctions.

Avez-vous photographié le président Bourguiba ?

Je ne l’ai pas photographié mais j’ai filmé 40% de ses discours télévisés.

Vous avez ensuite travaillé avec le président Ben Ali en tant que photographe, conseiller en image. Pouvez-vous nous expliquer vos fonctions ?

J’étais responsable de l’image. Je voulais surtout l’amadouer et le mettre en confiance vis à vis d’un objectif que ce soit une caméra ou un appareil photo. Je lui fais découvrir le prompteur et il en était ravi. Comme ce n’était pas un homme de l’élocution et du discours, ça l’a beaucoup aidé. Il a énormément progressé vis à vis de la langue arabe et de la lecture mais pas beaucoup vis à vis de la communication. Abdelwahab Abdallah était ambassadeur en Angleterre et il n’est venu à la présidence qu’en 1992 en tant que conseiller. Il n’était pas là quand j’y étais.

Quelle image voulait donner le président Ben Ali de lui quand vous étiez auprès de lui dans les années 88/89 ?

Les premières images que je garde et qui sont très importantes, c’est que c’était un président pas au fait des choses. A cette époque-là, il écoutait énormément. Les années où j’étais avec lui, c’était un président à l’écoute de son peuple et surtout des compétences, des forces vives, des intelligences de la Tunisie. Il était avide d’apprendre et il a appris énormément de choses. Au fur et à mesure qu’il a appris dans les secteurs qu’il ne connaissait pas, il était reconnaissant aux gens qui lui ont appris telle ou telle matière. Il était toujours la main sur la joue et il écoutait, il s’étonnait, il apprenait, il réagissait. A cette époque-là, on avait le sentiment qu’il s’émouvait de certaines choses. Un de des premiers slogans de sa première campagne du 2 avril 1989 était « Un président à l’écoute de son peuple. »

Ceci était son comportement. Mais quelle image voulait-il donner de lui ? Est ce qu’il demandait une image en particulier ? Est ce qu’il vous donnait des perspectives ? Est-ce que lui ou des persionnes de son entourage essayaient de contrôler son image ?

Je me rappelle d’une anecdote qui est très importante. On ne faisait pas de briefing au départ. Il était le sauveur de la Tunisie, il a fait la jonction sans armes, sans sang, de la façon la plus institutionnelle possible. De ce fait, son image le dépassait. Cette image de sauveur lui a beaucoup servi et est resté la première décade de sa présidence. On avait suggéré de faire des visites inopinées sur le terrain et les gens ont beaucoup aimé que le président aille voir des endroits déshérités, des problèmes dans des institutions ou dans des coins cachés de la Tunisie. Il avait beaucoup de vigueur, il prenait l’hélicoptère, n’avait pas peur, allait vers les gens, s’asseyait auprès d’eux. C’est de cela qu’est né le 26 26, un fonds de solidarité qu’il avait créé et auquel tout le monde a adhéré.

Pendant les dernières années de Bourguiba, est ce qu’il paraissait tous les jours à la télévision ou dans les journaux ?

Sur les 30 ans que Bourguiba a passés, il a fait 15 ans aux premières loges. Il était là presque tous les jours à faire des discours éducatifs sur la notion d’état, les institutions, l’histoire, les valeurs qu’il voulait mettre en place. Vers la fin des années 70, son image commençait à péricliter. Il faisait moins de discours oratoires (les derniers discours en direct étaient en 1972/1973). Après, il faisait des sorties et pas de discours. Dans les années 80, on a commencé à prendre des éléments de ses discours qu’on rediffusait. On a vécu avec le fond de ses discours le long des années 80, jusqu’en 1987. Mais à un certain moment, le peuple a senti que Bourguiba avait perdu les pédales. Il était mal. Il avait la maladie de parkinson et il y avait l’histoire de sa femme Wassila qu’il a divorcé à cause de la notion d’état. Les gens voyaient l’homme qui avait construit l’état péricliter. On le voyait tous les jours recevant des gens sans trop parler. Comme il ne bougeait pas, les tunisiens se doutaient si c’étaient les images d’hier ou d’avant-hier. Les gens se demandaient «Si Bourguiba meurt, est ce que la Tunisie va rester ? »

Pourquoi Bourguiba passait tous les jours à la télévision ou dans les journaux ?

Du temps de Mzali, Bourguiba était le seul avec toutes les luttes intestines de Mzali, la montée de l’intégrisme. Il était le sauf conduit de l’état. Bourguiba était vivant, la Tunisie était là. On le montrait en train de se baigner, de se promener. On le montrait même s’il n’y avait pas de discours. A sa dernière sortie, à l’ouverture de l’année judiciaire au palais de justice de Tunis, il a écouté d’un bout à l’autre le discours sur la modernité de la femme dans l’islam. Après, il a été dans le bureau du bâtonnier pour discuter sur le rôle de la justice.

Est-ce que vous pensez que Ben Ali a voulu perpétuer cette tradition d’apparaître tous les jours à la télévision alors qu’au début, c’était un homme discret, un homme de l’ombre ?

Non, je pense que les 5 premières années, Ben Ali n’a rien demandé et il ne passait pas tous les jours. Mais quand Abdelwahab Abdallah est revenu, il a commencé à systématiser ses passages en pensant que la propagande était nécessaire. Au fur et à mesure, on a commencé à le passer quotidiennement d’autant plus qu’ils ont installé un laboratoire photo à la présidence et un studio pour filmer le président et faire du montage, c’est à dire intramuros. La TAP ne venait plus. Il n’y avait que les photos qu’on voulait sortir de la présidence. On envoyait de la présidence une cassette à la télévision tunisienne et à La TAP, quatre photos qu’Abdallah et Hergam voulaient bien sortir avec le cadrage, l’angle, le sourire ou le geste que le président voulait faire et qu’ils ont décidé de sortir pour les montrer aux gens.

Pourtant la télévision tunisienne et la TAP ont toujours été loyaux au pouvoir. Pourquoi ce désaveu ?

A un certain moment, Abdelhafidh Hergam qui était attaché de presse du président pensait que l’image de Ben Ali était mal servie par Slah Maaouia qui était directeur de la télévision ainsi qu’ au niveau des photos.

Ensuite, Abdallah, revenu de Londres et trouvant le studio photo et télévision, a automatiquement continué et a développé ceci aux dépens des institutions qui étaient là et qui n’avaient plus droit de cité pour entrer. Dans ses sorties populaires, quand le président circulait, la police passait et ramassait les appareils photo même des enfants sous les instructions d’Abdallah. Il a créé l’ATCE pour que même les photographes étrangers qui viennent doivent prendre le président d’un endroit donné, dans un angle donné.

Pensez-vous que cette paranoïa de l’image du président était justifiée ?

Au fond de lui-même, Ben Ali n’était pas en harmonie avec son image. Il était en dichotomie et ne s’est jamais accepté lui-même bien avant qu’il ne soit président. Une image peut toujours trahir quelque chose de quelqu’un, comme s’il avait quelque chose à cacher. Les gens qui ont essayé de le servir ne l’ont pas sorti de cette peur de l’image de lui-même. Comme nous avons des facettes et des masques, ils avaient peur que le photographe déclenche son appareil au moment où il était lui-même. C’est pour cela qu’il a toujours donné une image assez figée, des gestes assez raides et jamais de mouvements spontanés. Il avait peur et les photographes officiels étaient dans cette peur de prendre une photo qui ne lui plaisait pas. Abdallah expliquait que ça doit être ainsi. On est rentré dans une spirale ascendante de quelle est l’image, dans quel axe, de quel côté, quelle cravate… On enlevait tout le naturel, le côté simple, spontané d’une photographie avec un sourire en coin… Les images étaient ternes, sans fond, sans aura, sans apport émotionnel. Les seules où il y avait de l’émotion étaient celles prises pendant les sorties inopinés, avec une vieille dame rurale ou avec un paysan ou en train de lire avec un enfant dans une école. Elles avaient été agrandies et mises dans les coins de toutes les cités de Tunisie. Ben Ali était humain sur ces photos.

A la présidence, ils ont même standardisé les décors devant lesquels il devait passer : un rideau légèrement plissé qui était mauve, toujours le même. La distance aussi était la même. Les dix dernières années, tout ceci est devenu systématique à un point tel que les gens ne savaient plus où se passaient les discours. Il n’y avait aucun élément temporel. Parallèlement, les images du président sur les journaux étaient systématiquement les mêmes : le président en face dans son bureau en demi large et son interlocuteur devant pris de dos (on ne connaissait pas son identité ni son appartenance) et l’autre chaise vide. C’était toujours la légende qui disait tout. Cette banalisation et cette systématisation faisaient que les photos n’amenaient plus rien. A tous les coins de rue, les photos étaient les mêmes ainsi que dans les municipalités. Je me rappelle le 2 avril 1989, après avoir gagné aux urnes, le président devait prêter serment au parlement (qui est devenu après la chambre des députés), ils ont mis une très grande image de lui (2m80 sur 1m30) où il était en train de prêter serment au 07 novembre 1987 (j’y étais avant 24h pour voir l’emplacement des caméras). J’ai demandé qu’on enlève cette photo qui le rendait lulukucien : lui avait 1m75 devant une photo de presque 3m qui le desservait. Cette photo était inutile puisque lui-même devait venir. Le président du parlement était fier de mettre cette photo, il a appelé la présidence (Monsieur Jéry). Monsieur Jéry m’a appelé et je lui ai dit que sa présence suffisait et qu’on devrait enlèver la photo. Ils étaient peinés et gênés de l’enlever. Les gens faisaient du « carpétisme ». C’était un besoin. Avec Bourguiba aussi, on magnifiait les images, on les agrandissait. C’était hérité de l’ancien régime. On ne mettait pas les photos pour une occasion mais toute l’année. Ça faisait partie du mobilier urbain.

Vous pensez que cette image du « Big Brother » a envahi un peu toute la Tunisie, cafés, institutions, sociétés, petits commerces… Est-ce que les gens se sentaient oppressés par cette image ?

A un certain moment, elle ne leur amenait plus rien. Ils ne la regardaient même plus, ils en avaient à satiété. Je pense que c’est une overdose médiatique de la part d’Abdelwahab Abdallah d’autant plus que pendant les dernières années, il y avait aussi l’image de la présidente qu’il mettait à la une des journaux et qui gouvernait à sa place. Elle était des fois plus grande que celle du président. On ne les voyait pas en tant que couple. Il les utilisait séparément comme s’il avait un balancier à créer entre les deux images. Ils ont appelé Abdelaziz Frikha, un grand photographe, qui a fait une photo officielle d’elle. De décembre 2009 à décembre 2010, Abdelwahab Abdallah qui est revenu à la présidence, a mis cette image d’elle systématiquement et je pense que c’est la goutte qui a fait déborder le vase et a mis les gens hors d’eux parce qu’en plus de la photo du président qui périclitait, il y avait une autre image qui reflétait un passé indéniable. Les gens ne voulaient pas de cette image malgré eux. Vu qu’Abdelwahab Abdallah avait créé l’ATCE, il était plus pro musclé pour fermer la communication intérieure de la Tunisie. Cette agence a eu un rôle terrible, plus que stalinien. Il avait sorti un arrêté du premier ministère qui obligeait toutes les institutions publiques ou semi publiques (et après même les privés ont commencé à suivre cette voie) à passer obligatoirement pour toute communication, journaux et télévision, par l’ATCE. Les fonds pour la communication institutionnelle ou publicitaire devaient passer par l’ATCE du point de vue de leurs budgets. C’est elle qui choisit sur quel journal elle met un appel d’offre ou les horaires des avions par exemple. Donc les journaux qui ruaient dans le brancard et qui ne suivaient pas ce que voulait Abdelawab Abdallah étaient voués à la mort parce qu’aucune publicité, aucune communication payante n’allait vers eux. Ils étaient contraints de courber l’échine et de mettre l’image que voulait Abdelwahab Abdallah avec le texte qu’il voulait.

Les gens de l’image et de la communication en Tunisie ne parlaient-ils pas de cette censure pernicieuse ?

On en parlait, mais c’était marche ou crève. Quand on disait que c’était trop, ils nous disaient qu’ils savaient ce qu’ils font. Abdallah n’a jamais compris ce qu’était le mot communication. Pour lui, c’était de l’information verticale.

Quelle est sa formation ou son approche de l’image ?

C’est un juriste de formation et donnait des cours à l’IPSI sur le droit en relation avec le journalisme. Son passage à l’IPSI a fait que ses étudiants dans les radios, télévisions ou journaux soient à sa merci. C’est comme s’ils étaient encore ses élèves et qu’ils devaient parler en chœur.

Il a créé son propre réseau de journalistes et il avait le plein pouvoir…

Exact.

Pourquoi l’a-t-il subi si aveuglement ?

Pour lui, les choses allaient. Ce que le président ne savait pas, c’est que Abdallah faisait partie des quatre bonhommes qui ont fait l’échec médiatique de Mohamed Mzali en 1981 et qui avait tout pour avoir un avenir positif (homme de lettres, cultivé et homme de sport, membre de la CIO, secrétaire d’état à la jeunesse et sports et 25 ans avec Bourguiba). Mzali avait trois atouts très importants. Il y avait Abdelwahab Abdallah et Fethi Lahouidi (ils sont restés avec Ben Ali), Taoufik Besbes et Ridha Ben Slama pour assurer la communication de Mzali. Ils passaient systématiquement le discours de Mzali dans le journal télévisé à 20h qui pouvait rester une heure et demie. Sans paraboles, les deux chaines nationales passaient le même discours de Mzali ainsi que la radio. Si vous mettez la Rai Uno (télévision italienne), ils coupaient l’émetteur. Le lendemain matin, à la maison, c’est Mzali qui parle. Dans la voiture aussi. Cette overdose médiatique a tué Mzali. Au bout de deux ans, les gens sont sortis dans la rue en criant « Du pain et de l’eau, mais pas de Mzali ». Le peuple l’appelait « Bozo le clown » et a sorti cette image de lui.

Est-ce que vous avez encore des anecdotes à propos du président, des histoires vraies ou des constatations à propos de cette relation du président à l’image, à Abdelwahab Abdallah…

Je pense que Ben Ali était un homme qui était féru de technologie et l’aimait beaucoup. A chaque fois qu’il y avait quelque chose, il voulait l’amener en Tunisie. Il y avait beaucoup de forces négatives qui le tiraient en arrière. Quand j’ai travaillé à l’Institut des Etudes Stratégiques en tant que membre d’une commission en 1997/1998, on a préparé un document volumineux sur la préparation de la Tunisie à la société de l’information à la veille de la mondialisation. Comme beaucoup de pays au monde, la Tunisie a perdu la bataille du hardware mais on avait du travail à fournir dans la partie software. On avait parlé de l’industrie du contenu. Un des choix stratégiques dans la campagne présidentielle de 1989, c’était l’industrie de contenu comme quatorzième point ce qui pouvait faire travailler des milliers de tunisiens. C’était un peu comme l’exception culturelle en France par rapport au flux américain. Ahmed Friaa était enseignant et ministre des télécommunications. Il voulait créer les autoroutes de l’information. Il y a eu un bras de fer parce que Friaa a pris tout l’argent et il a convaincu le président que le plus important était de mettre la technologie. Nous voulions laisser des fonds pour le contenu et contrecarrer sa décision parce qu’en ouvrant les autoroutes de l’information, nous allons recevoir le flux et on ne peut rien mettre dans l’autre sens. Moi qui suis sorti de la présidence pour créer mon entreprise de production audiovisuelle et mon équipe voulons créer du travail pour les tunisiens et Sadok Chaâbane était notre porte-parole. Dix ans après, les autoroutes de l’information nous ont emportées. Si le citoyen a pris son appareil photo et allé sur Facebook ces deux dernières années, c’est qu’il a tellement été dans le flux qu’il n’existait plus. Il a créé son petit contenu avec son appareil. Il a fait des photos, des petits films pour dire qu’il était là, qu’il existait. Aucun millime n’a été donné pour le contenu et même la télévision tunisienne n’avait plus de contenu. Même les télévisions privées n’ont pas donné un contenu tunisien mais ils ont servi le flux des autoroutes de l’information parce qu’ils ont amené les émissions d’Endemol qui ont « formaté » les esprits des gens. C’est devenu une société de consommation. Le « formatage » s’est fait par le biais des télévisions privées et la télévision tunisienne subissait (des matchs de football et deux feuilletons pendant le mois saint). C’était l’absence totale. J’estime que cette révolution est la révolution des gens qui existent et qui ont fait un contenu aussi modique soit-il, aussi simple soit-il, aussi mal photographié mais qui clame « on est là, on existe ». Parmi les premières revendications de l’entourage de Bouazizi, c’est de dire qu’il est mort et aucun média n’en a parlé. Est ce qu’on existe ou pas ?

L’agora des jeunes qui communiquent virtuellement c’est le mur de Facebook. Ce mur les a sensibilisé et a créé une trame en eux. Cette jeunesse se pose des tas de questions. La cité est-elle réelle ou virtuelle ?

Des chaines comme Al-Jazira ou France 24 et Facebook avec toutes les informations vraies ou fausses, sans qu’elles soient traitées par un journalisme responsable pour aider les gens à élucider leurs problèmes, pour créer le débat, maintiennent les gens dans une béatitude et un regard. Ces gens ont fait la révolution mais maintenant qu’est-ce qu’il y a à faire ?

Abdelawahab Abdallah a fait de l’image de Ben Ali la seule image de la Tunisie. Il a effacé l’image de tous les hommes politiques qui entouraient Ben Ali ainsi que les hommes de l’administration qui avaient une certaine prestance et les hommes d’affaires. En effaçant les hommes, on a effacé les institutions. Les ministres ne parlent jamais, on ne les voit pas sur les journaux. Il n’y avait que la photo du président. Les gens n’ont plus de repère d’homme ni d’institution. Le drame de la Tunisie est que ces jeunes ne connaissent pas les hommes de cette patrie. Quand il y a eu l ‘affaire de Rdaief, le président leur a envoyé le gouverneur (le préfet). Ils lui ont dit « on ne vous connaît pas, on veut voir Ben Ali ». Cette propagande individuelle sur Ben Ali a fait qu’elle l’a vidé parce qu’il n’a pas d’équipe, il n’a personne, il était esseulé. S’il s’est sauvé, c’est que lui-même est tombé dans le piège de cette politique qu’on lui a faite d’être le seul, le meilleur…Il n’avait aucun conseiller, aucun homme sur lequel il pouvait compter et c’est pour cela qu’il s’est enfui. Au début, par amour propre, il voulait montrer qu’il a fait le 7 novembre tout seul et il s’était débarrassé de tous les hommes qui étaient avec lui dans la première décade et tous ceux qui l’ont enrichi scientifiquement ou thématiquement. En 1999, c’est sa femme qui l’a prise en charge et décidait des ministres avec son conseiller Ben Dhia et Abdallah. Ils ont éliminé tous les gens qui avaient un charisme ou une personnalité. Ce vide qu’ils ont créé a fait qu’ils l’ont esseulé au point qu’il s’enfuît.

Comment s’est passée votre dernière entrevue avec le président Ben Ali ?

C’était en début novembre 2009 (l’ayant quitté en décembre 1989). Abdallah n’était pas à la présidence. Il était aux affaires étrangères. Sa femme et ses enfants n’étaient pas en Tunisie. Tous les 6 novembre au soir, on passait un film récapitulatif de toutes les grandes réalisations du président Ben Ali dans l’année et ceci depuis 1990/1991. Ce film était confié à Abdellatif Ben Ammar par Abdelwahab Abdallah. En dernière partie, c’était une journée du président. En 2009, il m’a convoqué par Oussama Romdhani qui était ministre de la communication. Il voulait que les trois dernières minutes du film soient réalisées par Moncef Lemkecher. On était le 2 novembre et Monsieur Romdhani me dit que c’est urgent parce que le film passait le 6 novembre. J’ai fait un scénario pour montrer le côté intime de sa famille qui pouvait le servir : sa fille de 18 ans, son fils de 5 ans. En 1989, j’avais laissé un côté humain chez Ben Ali. Il a accepté que je le filme dans sa quotidienneté, sa femme lui amenant le café, mettant ses enfants ou ses petits-enfants sur ses jambes… J’ai fait un repérage avec lui et je lui ai parlé de cette approche.

C’étaient les seules images où on voyait sa femme et ses enfants à côté de lui. Il y avait beaucoup d’humanité sur ces images. Il m’a dit qu’on allait faire un grand film sur la famille du président pour les pays étrangers.

Quand le président m’a revu, en ce mois de Novembre 2009, plus de vingt ans ans s’etre revus, il m’a dit que ça faisait un bail qu’il ne m’avait pas vu et que chaque fois qu’il voulait faire appel à moi, on lui disait que j’étais à l’étranger, que je suis devenu un grand producteur et que je n’avais plus le temps. Ce n’était pas la réalité, mais c’est Abdelwahab Abdallah qui lui inventait ces histoires. Je lui dis qu’on n’a pas fait appel à moi de la présidence et que certes je suis producteur, mais qu’il n’y avait pas de travail, qu’on allait vendre mon studio, que je suis allé en justice et que je n’arrivais pas à payer mes échéances bancaires. En plus, Cactus Production a tout pris depuis 6 ans et on n’arrive pas à décrocher assez de travail pour honorer nos engagements bancaires. Il s’est étonné que Cactus Production ne travaille pas avec nous. Il m’a dit « On va voir ça ».

C’était dans la maison de Sidi Dhrif, sur les hauteurs de Sidi Bousaid. Il était seul, il m’a reçu à la porte de la maison, il m’a serré et il était content de me voir. Il était ravi de mon scénario et m’a dit que je pouvais faire ce que je veux, qu’il avait confiance en moi. Il m’a montré où son fils jouait, son bureau, celui de sa femme, où ils mangeaient…. Il était spontané. C’était le père de famille qui m’a reçu et non pas le président.

Je l’ai revu pour la fête de fin d’année de son fils à l’école « ISC ». Il m’a appelé en vitesse pour me dire que son fils participait à la kermesse et au spectacle de fin d’année qui s’appelle « Cléopâtre » et qu’il voulait que ce soit moi qui le filme. J’ai pris mon équipe et je l’ai filmé.

Est ce qu’il était lucide ou le sentiez-vous perdu ? Est ce qu’il avait perdu les rennes ?

Je me rappelle qu’au début, il réagissait spontanément. On ne faisait pas de briefing mais un débriefing comme à la fête de l’arbre à Sijoumi où il devait planter un araucaria. On s’est vu avec Abbas Mohsen et le président pour débriefer l’événement. J’ai dit qu’il est sorti au contact de la nature mais la télévision a filmé 118 bonhommes auxquels il a serré la main avant de mettre l’arbre en main. J’ai dit que si chaque bonhomme a planté un arbre, on en aurait 118 de plus.

Ben Ali m’a demandé si l’araucaria le cachait parce qu’il était grand. J’ai dit que non mais que son costume alpaga et ses chaussures vernies l’ont gêné pour planter l’arbre. Il prenait toujours note. Il fallait aussi emmener un enfant avec un arrosoir parce que c’est censé être pour lui et pour lui apprendre.

Vingt ans après, on sentait que l’âge avait pris de la place dans sa vie. Il était plus soucieux du bonheur de son enfant. Il ne parlait que de son enfant et de ses petits-enfants. Il était homme de cœur malgré le fait qu’il avait un corps qui débordait, un corps d’homme de main.

Les policiers vous dérangeaient-ils quand vous sortiez votre appareil photo ?

En tant que producteur, quand on tournait, il fallait une autorisation de tournage. Au-delà de l’an 2000, quand on avait un appareil photo, c’était comme une kalachnikov et ceci c’est Abdelwahb Abdallah qui l’a mis en place. Je vais te raconter une anecdote : quand Craxi était en Tunisie, il était convoqué par la justice italienne. C’était la veille de l’Aïd, il y avait un journaliste de la Rai qui était venu et on lui a donné une équipe (caméraman, preneur de son, chauffeur). Il fallait qu’il demande une autorisation de l’ATCE. La veille, le directeur de l’ATCE, Slah Maaouia m’appelle pour me dire qu’il a donné l’autorisation au journaliste italien par le biais de l’ambassade mais que je ne devrais pas filmer. J’ai répondu que je louais une équipe et qu’il filme ce qu’il veut. Il m’a dit que c’était mon affaire, une sorte de chantage pour que j’empêche le journaliste de faire son travail. Le lendemain, l’équipe est partie avec le journaliste devant la maison de Craxi et la gendarmerie nationale leur a sauté dessus pour enlever leur matériel et les mettre dans une petite chambre et ils les ont enfermés pendant 4 heures. Après, ils les ont lâché. Le journaliste est allé au bout de la rue, un peu loin de la maison, il a fait un « stand up » en disant comment la police les a arrêté pendant 4 heures et ne les a pas laissé filmer Craxi. En rentrant, je lui demande comment ça s’est passé. Il m’a répondu que par rapport à l’opinion publique italienne, on se déplace quand il y a un événement. Comme Craxi était malade, nous voulions le voir mais sans transgresser les limites. S’il ne veut pas, on ne rentre pas. Mais la police tunisienne a fait le scoop. Ils nous ont empêchés d’approcher la maison et mon rédacteur en chef en Italie m’a dit qu’il avait beaucoup d’images de la maison de Craxi fait par les touristes. Ceci pour te raconter le rôle d’un appareil photo ou d’une caméra en Tunisie même avec une autorisation de tournage.

Une autre anecdote : pour Canal 5, on a donné une équipe. C’était pour l’affaire d’une italienne qui est morte à Hammamet et qu’on n’a pas retrouvée. Ensuite, on l’a retrouvé morte. On a reçu un journaliste spécialiste dans les affaires de drogue, de mafia… alors qu’on conduisait la voiture, il s’est rendu compte que la police nous suivait. On avait une autorisation. Il a dit que si la police suivait, c’est qu’elle est au courant de quelque chose. Il nous a dit de l’emmener au commissariat de police. Il a demandé à voir le commissaire qui a sauté par la fenêtre. Il n’avait pas le courage de lui dire qu’il n’avait pas le droit de filmer. Quand il a vu la caméra, c’est comme s’il avait vu un fusil.

Je me rappelle très bien. C’était à la fin de 2008. J’étais à l’avenue Habib Bourguiba. J’attendais quelqu’un qui attendait son visa au consulat de France et j’ai vu deux petits garçons, l’un de 11-12 ans et l’autre de 13-14 ans. C’était les vacances de pâques. Ils sont venus devant le théâtre municipal, avaient un petit appareil et ils regardaient à travers l’appareil le théâtre. Tout d’un coup, deux motos et trois policiers en civils sont venus les attraper pour voir ce qu’ils faisaient avec ce petit appareil photo. L’un d’eux avait tellement peur qu’il avait pissée sur lui. Quand j’ai vu ça, j’ai arrêté la voiture près des policiers qui avaient arrêté l’enfant et je suis descendu. Quand ils se sont aperçus que j’étais observateur à un mètre et demi, ils m’ont regardé et m’ont dit « Oui ? ». Je leur ai dit que je suis le réalisateur de la télévision…. Ils ont dit qu’avec l’appareil, les enfants sont entrain de photographier le théâtre municipal. Il y avait un des gosses qui pleurait. J’ai dit «  Et alors ? ». Ils m’ont dit qu’il faut une autorisation. J’ai dit que même pour des enfants comme ça, il faut une autorisation. Ils ont lâché les enfants qui sont partis en courant sans l’appareil, avec une peur bleue, tout en pleurant. C’est une scène qui m’a mis par terre.

Blogueurs Tunisiens

Publié: 9 juin 2011 dans Non classé

Ici la liste non exhaustive des blogueurs et cyber activistes influents en Tunisie.

Yassine Ayari

Slim Amamou

Leena Ben Mheni

Emna Ben Jemaa

Nawaat

Dans cet article , je reunis les liens des pages Web que j’ai trouvé pertinentes sur le sujet. Souvent les avis et les approches divergent. Faites vous votre propre avis et laissez un commentaire.

Wikipedia

Agora Vox

Liberations – Ecrans

Journalisme.info

Le Grand Soir

Oujda24

 

 

 

 

Le jour d’aprés

Publié: 9 juin 2011 dans Non classé

Le lendemain du lever du sit in d’el Kasba 2, je suis allé me receuillir sur les runies de l’un des moments forts de l’histoire tunisienne.

Portraits d’el Kasba

Publié: 9 juin 2011 dans Non classé

Lors d’un de mes séjours à Tunis, j’ai réalisé cette serie de portraits de personnes venant manifester leur soutiens au sit in d’el Kasba 2 pour le depart du gouvernement transitoire Ghannouchi 2. ces portraits montrent la diversité d’age, de classe sociale, de croyances… venus raviver la flamme de ceux qui ont fait des centaines de kilometres pour dormir dans le froid devant la Matignon Tunisien.

 

 

Anouar Laabidi

Publié: 9 juin 2011 dans Photojournalistes citoyens

Etudiant en publicité graphique, 25 ans et j’habite à Tunis.

 

Je n’ai pris que 3 photos pendant la révolution parce que mon but n’était pas de prendre des photos à ce moment là mais c’était de participer à cette révolution. C’est par pur hasard que j’ai pris des photos pas pour les publier mais pour graver un moment sur un support. Je n’ai que 3 photos sur mon compte : la première c’était le 25 février quand ils ont lâché des gaz, une photo de soldat sur un char et une autre du peuple criant « dégage ». une avec un compact et les autres avec un téléphone portable.

 

 

Je suis sorti le premier jour de la révolution pour vivre le moment et non pas pour prendre des photos.

 

Il y avait beaucoup d’appareil photo mais ils ont été confisqués et aussi des téléphones portables avec lesquels ils filmaient. Ceux qui avaient des réflexes étaient des journalistes. Il y avait 2 français et l’un d’eux est mort le 14 janvier. Il y a des gens qui n’ont pas pris de photo parce que soit ils avaient peur pour eux ou pour leur appareil. Mais ces gens photographiaient pour publier sur facebook, twitter…

 

En ce qui concerne les journaux, je ne lisais que les choses où ils ne pouvaient pas mentir comme l’article scientifique.

 

La photo journalisme tunisien n’existe pas. Tu ne trouves que des photos de football, de ministres…

 

J’ai un compte facebook depuis 2008. C’est une rencontre et un échange artistique très constructif et c’est ce qui me plaisait.

 

Depuis le début de la révolution, j’ai partagé des vidéos sans avoir peur. A la fin décembre, les gens commençaient à s’organiser. Le point de départ était Bouazizi et ensuite, c’était une réaction sur ce qui se passaient en Tunisie.

 

C’étaient des photos d’amateur et non de professionnels. Même Al Jazira passaient des vidéos qui n’étaient pas bonnes sur le plan esthétique ou technique mais c’étaient ce qu’il y avait.

 

Le commencement était avec des citoyens qui avaient un moyen de prendre des photos. Il n’y avait pas de reporters professionnels.

 

Au départ, on ne montrait que des flics qui tapaient les citoyens. Le message était de faire passer les citoyens pour des martyrs.

 

Je suis plus témoin et acteur.

 

J’ai décidé se sortir sans être influencé le 14 janvier.

 

Les vidéos restent plus influentes parce que ce sont 25 images/seconde, il y a du son. Mais pour moi, la photo peut passer une impression plus qu’une vidéo.

 

Malgré les conditions, les citoyens sont sortis, ont photographié, publié… et ont donné une leçon aux autres peuples qui se sont soulevés par la suite.

 

Je pense que s’il y avait pas ces réseaux sociaux, la révolution aurait étouffé sur le territoire national et n’aurait pas atteint d’autres pays.